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TROISIESME LIEU
Lisez également le détail des jardins deMalte, tracé par Pingeron. L’ile de Malte a desjardins ornés et productifs , quoiqu’il n’y aitsouvent de terre végétale que celle que l’on ytransporte de Sicile sur des vaisseaux. La vigneet l’oranger se partagent ces beaux jardins. Lesorangers sont dans des caisses, ou , pour mieuxs’exprimer , dans des encaissemens formés pardes dales de pierre. Une rigole est ménagéedans l’épaisseur des dales , pour les arrose-mens. Tout le long des allées, à plusieursmètres de distance , s’élèvent des piliers ou co-lonnes de pierre , dont les dales qui forment lesencaissemens ci-dessus , sont le soubassement.Au-dessus des piliers sont des pièces de bois ,qui joignent les allées. Sur ce cadre, on metdes treillages, où s’étendent les ceps de vignequ’on a plantés au pied de chaque pilier ou co-lonne , et qui procurent, dans la suite , un cou-vert agréable. Ces files d’orangers , ces piliersvêtus de verdure , et ces longues allées cou-ronnées d’un ombrage utile , rendent ces jar-dins pittoresques , et produisent l’effet des dé-corations qu’on admire sur nos théâtres.
Ce n’est pas seulement auprès de nos mai-sons qu’il convient d’employer la vigne. Dansles champs et dans les vergers , la vigne re-vendique encore d’autres places, où nous pour-rions la faire figurer avec avantage.
Un habile cultivateur qui habitoit alors ledistrict de Melun (le C. Chalumeau) , avoit vuen Savoie , ce qu’on appelle leshutins, dont jeparlerai tout à l’heure. Ce sont des ceps devigne qui croissent sur les arbres ; à cet exem-ple , il avoit mis un cep de vigne au pied de la.plupart de ses plein-vents. Son meilleur chas-selas venoit au sommet d’un pommier. C’est unconseil utile à donner aux planteurs , de faireporter une vigne à chacun de leurs arbres éle-vés en plein-vent. Si le raisin mûrit , on enfait de bon vin, et s’il ne mûrit pas, on en tireencore parti pour des boissons inférieures quine sont pas à dédaigner.
On pourrait planter , dans les grains , quel-ques pommiers à cidre , qui sympatisent aveceux , et les faire servir d’appui à quelques cepsde vigne , dont le fruit bouilli dans le cidre enchange la nature en mieux.
Au Mont-Blanc , on a vu des hutins dans unchamp que les vents du nord avoient rendu sté-rile , et qui est devenu très-productif en blé ,depuis que ces hutins lui ont servi d’abricontre les courans d’air. Le vin de cette seulepièce a payé quelquefois la ferme de tout le do-maine dont elle est seulement la cinquièmepartie.
Ces hutins sont communs dans toute l’Italie .Le voisinage de Pistoie offre quatre récoltesdans une même terre. Le sol porte à la fois dublé, des légumes, des fruits , et des vignes quimontent sur les arbres fruitiers. Le chemin quiconduit de Véronne à Padoue , est planté demûriers ; les feuilles et les fruits ne servent pasuniquement pour l’entretien des vers à soie. Ilsengraissent encore du bétail et de la volaille ,et les mûriers eux-mèmes servent d’échalas auxvignes dont les branches les entrelacent de leursguirlandes.
On ne sauroit attribuer le succès des hutins àla température du climat d’Italie . Ces hutinsréussissent dans les lieux où la vigne basse nesauroit résister à l’àpreté du froid des montagnesde la Savoie . Quelquefois ces hutins donnentassez de vin pour abreuver, pendant l’année ,des familles nombreuses qui en ont encore à re-vendre. Ces vins ne coûtent que le soin de taillerles ceps chaque année. Point de labour , aucunengrais ; ils étendent, de branche en branche ,leurs sarmens , à l’aide des mains dont les apourvus la nature. On connoit plusieurs de cesarbres qui portent trois charges de vin , lorsquel’année est favorable. Le vin n’en est pas bon ;mais il est sain , et désaltère les ouvriers mieuxqu’aucun autre.
C’est aux alentours de Genève , qu’un champplanté de ces hutins , est un spectacle ravissant.Les ceps sont soutenus par des lignes d’érable,par des cerisiers en quinconce , ou bien en pa-lissades. Rien n’est si magnifique que de voir ,dans un même champ , d’un côté le chaume ,qui reste d’une belle récolte ; de l’autre , deshutins tous prêts à être vendangés ; de beauxraisins tout mûrs pendant à tous les nœuds ,des sarmens dirigés, pliés, entrelassés d’unarbre à l’autre ; les feuilles qu’on a ramasséespour mettre les fruits au soleil, les laissent voir