DU THEATRE D’AGRICULTURE.
Pour avoir De mettre couver des poules dans le fortdurant l’hy~ del’hyver , pour avoir des poiilets en tellesaison , est chose plus difficile qu’utile :toutes-fois si sans avoir esgard à la peine,ainsi le désire nostre mère-de-famille, àceci employera-elle de ses poules cellesque pour over en hyver elle aura tenuesenfermées , comme a esté monstre : les-quelles à cela aucunement préparées partraictement particulier, se duiront plusaisément à ce service-ci, qu’autres prinsesdirectement du poulailler. Lesmieux mar-quées de celles-là, et les plus fresclies,seront retirées en quelque chainbrettechaude , et là nourries curieusement entoute abondance de viande et bruvage :en les tenant nettement, les eschauffantavec du senevé , et des soupes en vin,et du pain blanc : à quoi aide aussi lafueille et la graine d’ortie desséchées etmises en pouldre. Et lors qu’après leurponte les verres glousser, leur conviendradonner des oeuls à couver, les logeant der-rière le lour à cuire le pain, pour là chau-dement accommodées et hors de bruit,parfaire leur oeuvre. Pendant qu’elles se-ront en train, leur laudra continuer letraictement accouslumé , pour ne leurdonner occasion par famine de laisser labesongne imparfaicte (21).am™ Mais plus asseurément que par autrem y ‘ n ' voie, peut-on avoir des poulets en hyver,par le moyen des pigeons pattés, lesquelsde nature couvans toute l’année , estansbien traictés, esclorront des œufs de poulecommune, si 011 les leur suppose au lieudes leurs qu’on aura ostés au-paravant.Ainsi cuidans couver leurs propres oeufs,couveront les autres, desquels sortirontdes poulets: qu’après par bonne nourri-ture , faudra curieusement eslever dans
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des cages en lieu chaud : à quoi grandsoin est requis , puis que c’est sans mèrequ’on entreprend telle oeuvre : aussi encest endroit là consiste la maistrise deceste délicatesse (22,).
C’est une trop grande curiosité que defaire esclorre les oeufs de poule , sans lesmettre couver sous aucune volaille. Celase fàict néantmoins en un petit fourneau,à cela accommodé , eschaufïé par le des-sous d’un feu continuel, esgal et non tropfort, duquel les œufs sont eschauffés , etdans dix-huict ou vingt jours les poussinsen sortent avec esbahissement. Le four-neau est de fer ou de cuivre, voûté enrond par le dessus, à la manière de ceuxà cuire le pain : pavé de mesine matière,droicteinent et sans aucune pente, commeun plancher. Dessus lequel sont arrengésles œufs , entremeslés avec de la plume,et couverts d’un oreiller de plume bienmollet. Lefeucontinuel et esgal est donnéà tout le fourneau , par quatre lampestous-jours allumées, posées de telle sorte,que leur flamme touche le dessous dudictplancher, qui la communique à tout lefourneau et aux œufs qui sont dedans,lesquels sont aussi eschauffés par la ré-verbération dudict fourneau. Pour plusgrande aisance, faudra que le dessus dufourneau soit tout-d’une-pièce, en formed’une cloche en timbre , un peu plate,ayant un petit anneau en la sommité dudehors , pour la retirer estant eschaufïée,quand on voudra remuer les œufs : cequ’il faudra faire un couple de fois du-rant la couvée. Faudra aussi que le plan-cher estant défiguré ronde, environ d’unpied de diamètre, aie sur sa circonférenceou bord un rehaussement d’un pouce dehaut, et qu’il soit tellement espès, qu’un
Faireesclorre lesoeufs sanspoule.