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CINQUIESME LIEU
lmmeurs des personnes. Après avoir es-plumé la teste et les entre-cuisses des cha-pons et des poules, on les met en muedans les cages basses, qu’on repose enlieu obscur et chaud : ou bien, afin dene voir plus la clarté , comme préjudi-ciable à la graisse, on leur crève les yeux.Là les chapons sont nourris de pilulesfaictes avec farine de millet, ou d’avoine,ou d’orge, qu’on j)estrit en eau chaude àmesure qu’on les leur baille à avaller : àquoi aucuns ad-joustentdes raves hachéesmenu. Deux ou trois fois le jour les paist-on, voire tant qu’ils peuvent digérer leurbaille-on à manger de telle viande, à la-quelle on les accoustume , là leur don-nant peu à peu aux jîremiers jours, et ensuite les uns après les autres, leur aug-mentant d’ordinaire, avec ce jusques où ,de ne leur mettre la viande sur viande :c’est à dire , de ne leur rebailler à man-ger tant qu’on sentira au manier du gé-sier y avoir de la mangeaille précédente,ains attendre d’estre du tout digérée. Cetraictement se faict sans boire, d’autantque les pilules ou pelotes portent le bru-vage, lesquelles nouvellement pestries ,et en outre trempées dans l’eau, sur lepoinct qu’on les veut faire avaller auxchapons, servent de manger et de boiretoutensemble. Aucunsyad-joustent cestecuriosité, que d’enfermer chacun chaponou poule dans un panier ou cabas sus-pendu en l’acr, par des cordes, à ce tel-lement aproprié, que la teste sorte d’uncosté pour recevoir la pasture et le cro-pion de l’autre pour la vuider et digérer,afin que la fiente ne l’importune. Labeste estant au reste, tant à l’estroict ducorps , qu’elle ne se puisse remuer , ainsqu elle demeure tous-jours sur son ventre,
y mettant au dessous du foin ou de lapaille , pour l’engarder de blesser. Pluscurieusement que les précédentes, cesvolailles-ci seront esplumées, voire jus-ques sous les aisles, à ce que les poux,vermine , et fiente ne s’y puissent arres-ter. Quelques-fois on les re tire de là pourles fiüre un peu pourmener, et principa-lement pour leur donner moyen de sepeigner et gratter, en espluchant leurpennage avec le bec. Je ne parle ici desdélices de ceux qui prodigalement fontengraisser des chapons avec de la dragéemusquée , de l’anis préparé, et autresprécieuses matières, pour donner goustexquis et délicat à la chair, telles sump-tuosités surpassans l’estât modéré denostre père -de-famille , les laissant aceux dont les moyens et voluptés de«meule , marchans ensemble , leur fontcommettre tel excès (29).
Pour fin de ce gouvernement, je dirai p° ur
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que les poulailles communes , masles et buijujègastfemelles, ont accoustumé de faii’e des “ Fgrands maux aux blés sur le poinct deleur maturité , lors que pour le voisi-nage de la maison, y peuvent attaindre:et aussi ès pays où les gerbes séjournenten l’aire à descouvert icelles demeurentà leur discrétion. Pour à quoi remédier,convient tenir enfermée toute la poulailledespuis que les blés commencent à meu-rir, jusques à ce que resserrés dans lesgranges et greniers, ils soyent exemptsde telle tempesle. Ce sera dans quelqueschambres claires et esventées qu’on lesgardera , séparément par leurs espèces,où elles seront nourries avec raisonnableordinaire , de grain et d’eau en abon-dance : pendant lequel séjour, nonobs-tant leur servitude , ne laisseront les