DU THÉÂTRE D’ AGRICULTURE.
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légère , à leur portée, pour qu’ils puissent s’yrouler à l’aise, et s’y nettoyer.
La maladie qui est la plus dangereuse pourles faisandeaux est le dévoiement; elle est occa-sionnée par le froid , l’humidité, une nourri-ture trop aqueuse , trop relâchante , ou par laboisson de mauvaise qualité : les faisandiers laregardent comme contagieuse, et se hâtent deséparer les malades des sains. On doit détruireou faire disparoitre d’abord , s’il est possible ,les causes qu’on croit y avoir donné lieu ; ondonnera aux jeunes faisans un peu plus de jauned’œuf et de chenevis , de la mie de pain trempéedans du vin , du marc de raisin , dont ils sonttrès-friands; on maintiendra la plus grande pro-preté dans les parquets et dans les boites ; on re-nouvellera souvent la boisson , dans laquelle onfera fondre un peu de sel de cuisine (muriate desoude), ou dans laquelle on mettra du mâche-fer,ou , ce qui vaudra mieux encore et agira plus ef-ficacement , dans laquelle on aura éteint un ferrouge. Cette maladie, qui, â l’exemple de beau-coup d’autres , est bien plus facile à prévenirqu’à guérir , dévaste quelquefois des faisande-ries entières , soit par l’effet de la contagion ,comme on le croit, soit par l’influence généralede la cause qui l’a occasionnée , qu’on n’exa-mine jamais assez attentivement , et qu’on necherche point à atténuer ou à détruire ; observa-tion qui peut s’appliquer également à d’autresmaladies des animaux , qu’011 a aussi juscpi’àprésent regardées , peut-être trop légèrement,comme contagieuses.
Il est encore pour les jeunes faisans unecirconstance critique , qui , sans être une véri-table maladie , les fatigue quelquefois beau-coup ; c’est la première mue, sur-tout celle desgrosses plumes de la queue, et leur poussée ;elle a lieu à deux mois et demi environ : on endiminue le danger, en augmentant, à cetteépoque, les œufs de fourmis et les œufs durshachés.
H y a en France deux races de perdrix , lagrise et la rouge ; elles y sont généralementmultipliées par-tout : plusieurs Départemens ,sur-tout au midi , possèdent exclusivement larouge , qui est la meilleure. Ces deux racesne se mêlent point ensemble, quoiqu’elles ha-
bitent quelquefois les mêmes campagnes. Lesperdrix grises sont d’un naturel plus doux ,s’apprivoisent plus facilement, et se familia-risent aisément avec l’homme. Nous avons déjàvu, dans VEssai historique suri’Etat de l’Agri-culture au seizième siècle , par notre collègueM. Grégoire , que l’on étoit parvenu , depuislong - temps , à rendre cet oiseau domestique(tome I, pages clix-clx).
Les perdrix grises se plaisent dans les pays àblé, aiment la pleine campagne, et ne se réfu-gient dans les taillis ou les vignes, que lors-qu’elles sont poursuivies : comme les faisans ,elles restent assez constamment dans les lieuxoù elles sont nées ; 011 facilite ce goût naturel, enétablissant sur le terrein des remises où elles seretirent. Elles vivent moins long - temps dansnos climats que dans ceux du midi , d’où ellessont originaires ; elles ne passent guère sept ouhuit ans. Elles s’apparient dès la fin de l’hiver ,s’accouplent un mois après , vers le commence-ment de Germinal ( fin de Mars ), et pondent lemois suivant : la ponte est de quinze à vingt-cinq œufs , de la grosseur de ceux de pigeons ,et d’un gris verdâtre ; ceux des perdrix rougessont blancs. C’est à l’âge de deux ou trois ansque la ponte est la plus abondante. L’incubationest de vingt à vingt-un jours.
Tout ce que j’ai dit de la manière d’élever etde nourrirles faisans est communaux perdreaux ,mais il ne faut pas compter sur les œufs de per-drix domestiques ; elles ne couvent pas dans cetétat : il faut faire ramasser des œufs dans la cam-pagne , et les mettre sous une poule couveuse;on peut lui en donner deux douzaines. Les per-dreaux s’accoutument plus facilement à la basse-cour que les jeunes faisans : on en a vu revenirtrès-exactement, même de dehors , au son dutambour ou au sifflet du gardien, pour chercherleur nourriture. Lorsqu’on veut les conserverdans la domesticité, il faut leur arracher de bonneheure les deux plus fortes plumes de chaque aile,et leur couper l’extrémité des autres. La per-drix rouge , moins sociable, est plus difficile àapprivoiser : les perdreaux de cette espièce de-mandent aussi plus de soins que les autres.
Vers l’âge de six semaines , lorsque la têteachève de se couvrir de plumes , ils sont exposés
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