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CINQUIESME LIEU
presque pour rien dans les grands établisse-mens, doit faire , pour les petits cultivateurs ,l’objet d’une utile spéculation. Nos paysans,réduits , la plus grande partie de l’année , à nevivre que de pain et de légumes , mangent ra-rement un morceau de porc salé , qui seul garnitleur garde-manger; et la viande fraîche , plusutile encore à l’homme laborieux qu’au citadin .oisif, ne contribue jamais à réparer leurs forcesaffaiblies. L’expérience a prouvé que la chair dulapin seule fournissoit un bouillon aussi succu-lent et aussi considérable qu’une égale quantitéde bœuf ou de mouton; et cette viande, aprèsavoir fourni au bouillon une partie de son suc,est encore tendre et savoureuse , et peut s’ac-commoder de toutes les manières usitées.
Peu de temps avant de les prendre, il fautfaire manger aux lapins quelques plantes aro-matiques , pour leur donner le fumet des lapinssauvages. On peut aussi mettre dans leurs corps,après les avoir vuidés , ou dans leur assaison-nement , quelques feuilles de bois de Sainte-Lucie (prunus Mahaleb , L. ) , et cette prépa-ration leur donne un goût qui trompe les con-noisseurs les plus exercés.
Feu Costel, qui s’est beaucoup occupé del’éducation des lapins , employoit avec succèsun mélange de feuilles de bois de Sainte-Lucie ,réduites en poudre , avec des fleurs de mélilot,de thym et de serpolet; il en mettoitla grosseurd’une noisette avec autant de beurre frais et delard, et il en frottoit l’intérieur du ventre et lescuisses de l’animal,
Les lapins vivent six ou huit ans dans lesgarennes domestiques ; les mâles perdent unepartie de leur vigueur vers l’âge de six ans : ilspeuvent alors être engraissés et servir pour lanourriture ; il faut en faire autant des femellesà l’âge de cinq ou six ans. La manière de lestuer est vicieuse : on leur donne un coup der-rière les oreilles , et le sang se fige en abon-dance dans le cou ; il faudroit les tuer commeles dindons, et les suspendre par les pattes dederrière , alors tout le sang coule , et la chairest très-blanche.
Lorsqu’on veut garder des lapins pour fairerace , il faut unir constamment ensemble lesplus beaux individus , sans jamais souffrir d,e
mésalliance, ni qu’ils s’accouplent avant leuraccroissement parfait, c’est-à-dire vers six ouhuit mois. Pour renouveler les mères , on doitpréférer les lapines qui sont nées vers le mois deMars (Ventôse), elles prennent le mâle versle commencement de Novembre (Brumaire),et on peut vendre leur première portée dans lecourant de l’hiver. Enfin , le fumier du lapinest d’une grande utilité dans les terres glaiseuseset fortes. (S.)
(64) Le lapin d’Inde ( cuniculus Indiens , B.)plus connu sous le nom de cochon d’Inde ( por- ‘cellus Indiens ), n’est ni un lapin ni un cochon ;c’est un rongeur, de la famille des cabiais, dontle véritable nom, auBrésil, d’où il est originaire,est cavia cobaya. Il paroît qu’il étoit plus com-mun , plus domestique , et qu’on en élevoit pourla table, du temps d 'Olivier de Serres ,• aujour-d’hui on n’en mange presque plus , et on n’enélève guère que par curiosité. Il y a tout lieu decroire que quelque hiver rude , comme celui de1709, aura fait disparoître le plus grand nombrede ces animaux , et que la facilité d’élever deslapins , qui résistent mieux à nos hivers que lecabiai, aura fait renoncer à élever celui-ci,dont la chair , au reste , n’est point mauvaise ,et ressemble assez à celle du cochon de lait,qui, comme on sait, a besoin d’être relevée.
Les cabiais multiplient beaucoup , mais ilscraignent le froid et l’humidité, dont il faut lesgarantir , ainsi que des animaux destructeursde nos basses-cours, dont ils ne savent pas sedéfendre. La femelle porte trois semaines , etallaite ses petits pendant une quinzaine de jours ;chaque portée est de sept ou huit petits, ils s’en-graissent facilement et promptement, ne sontpas difficiles sur la nature et le choix des ali-mens , mangent à toute heure, et dorment beau-coup, quoique leur sommeil soit souvent in-terrompu pour manger, même la nuit. La grandemultiplication de ces animaux et la facilité deles nourrir pourroient en faire une ressource deplus pour nos Départemens méridionaux, s’ilsne possédoient pas d’excellent gibier de toutgenre. (H.)
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