SIXIESME LIEU
Le sécherdes figues estle plus diffi-cile de cemesnage.
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ou des canisses proprement faictes avecdes rozeaux. Là souvent l’on les visite,et en les remuant et renversant sens-des-sus-dessous , on les liaste de se préparerau soleil, qui les frappe de tous coslés,et si bien , que dans sept ou linict jours,les rend suffisamment desséchées. Lorselles sont serrées dans des quaisses repo-sans en lieu frès , nullement esventé ,toutes-fois plus sec qu’humide, afin d’yestre conservées jusqu’à l’usage , pourle manger et pour la vente. Mais c’estaprès les avoir reveues et assorties, dis-tinguant les petites d’avec les grandes,les bonnes des mauvaises , mettant cha-cune sorte à part dans des cabas ou dessacs, comme l’on désire. Le plus impor-tant de ce mesnage est le sécher desfigues, auquel s’augmentent les diffi-cultés à mesure que le soleil décline, sou-ventes-fois à la ruine de l’ouvrage : dontles figues se pourrissans, deviennent, pas-ture aux pourceaux , quand par la sur-venue des pluies l’on n’a moyen de lessécher. Au défaut de la chaleur du soleil,l’on se sert de celle du four moyennementeschauffé , mais cela se faict avec peu deprofit , n’estans ne belles ne bonnes,autres figues que celles qui sans des-tourbier s’achèvent d’apprester au soleil,dans peu de jours. En somme, le figuierest arbre riche , rapportant bon revenu ,s’il se rencontre planté en lieu chaud etadvancé , afin de faire tost meurir lesfigues , pour de mesme estre séchées du-rant les grandes chaleurs : par ce moyen,évitans la fascherie des pluies prime-raines , contrarians à leur appareil. Parquoi, qui n’aura le climat favorable, nese souciera plus avant des figuiers , quepour en planter sous ceste seule espé-
rance , que d’en avoir des figues freschespour manger de jour à autre durant lasaison : puis que l’aj)pareil des figues estplus incertain que le rapport des arbres,lesquels, tant sont fructifians, ne faillentjamais de produire, ou ce seroit quelqueannée, mais à tard, par la malice desextraordinaires sécheresses du mois deJuillet, bruslans leurs fueilles.
C’est marque certaine d’agréable sé- o/<w«r.jour que l’olivier , d’autant qu’il ne s’ac-croist ne profite qu’en lieu tempéré ,haïssant les extrémités de froidure et dechaleur : il est vrai que selon le communnaturel des plus précieuses plantes (parmilesquelles ceste-ci tient honorable reng ) ,l’olivier tend plus au midi qu’au sep-tentrion, aimant mieux la chaleur que lafroidure. Et bien-que directement il Il G Arbre riche-,donne sans appareil sonfruict à manger,comme font la plus-part des arbres, pourcela n’est-il postposé à autre fruictier ,aucun desquels ne le précède en valeur,pour la richesse qui provient de son huile(par excellence à ce seul mot, huile,estant recogneue celle d’olive) , et gentil-lesse de la confiture de ses olives. Au profitsortant de l’olivier estjoincte ceste causede plaisir, que la beauté de sarameure,de non-vulgaire couleur verte , est d’au-tant plus agréable, que maugré l’hyver,telle se la conserve toute l’année. Le ra-meau d’olivier porté à Noé par la colombe,lui fut annoncement de bonne nouvelle.
De là les Antiques ont prins la branche o;<v,>rd’olivier pour signal de paix, comme de r ° nc ' 1 ’ a ‘*’laurier, la victoire. En quoi on peut re-marquer combien cest arbre-ci, dès toustemps, a esté souhaittable, puis qu’il estoitemployé à représenter le repos du genrehumain. De dix espèces d’olivier faict