DU THEATRE D’ AGRICULTURE. 497
Une précaution importante à prendre lors-qu’on a choisi les branches pour cette espècede greffe (et elles doivent toujours être de lapousse du printemps , mais bien formées ouaoûtées , comme disent les jardiniers), c’estd’en couper sur-le-champ les feuilles à quatreou six millimètres (deux ou trois lignes) desyeux , afin de diminuer d’autant la dessiccation,qui est la suite de la grande évaporation qui alieu par leurs surfaces. On peut, par ce moyen ,garder plus long-temps ces branches en état deservir; mais, en général, il est bon de les em-ployer dans la même journée ; car l’époque decette espèce de greffe est la plus chaude del’année , et il ne faut qu’un coup de soleil oude vent pour frapper leurs yeux de mort,
Lorsqu’avec les précautions indiquées parOlivier de Serres on a placé la greffe sur lesujet , on n’a plus, dans le reste de la saison ,si, comme on l’a dit, l’ébourgeonnement a ététerminé entre les deux sèves , d’autre opérationà faire que de desserrer la ligature , ou mêmel’enlever tout-a-fait, et l’inspection des sujetsen indique le moment , qui varie selon la plusou moins grande activité ou durée de la sève.
Mais après l’hiver, avant que la sève com-mence à s’émouvoir, on coupe la tête au sujet,à neuf ou douze centimètres (trois ou quatrepouces) au-dessus de la greffe, dans tous lespieds où elle annonce vie et santé, La sève ,arrivant, se porte avec force sur elle , et luifait pousser un bourgeon qui étonne souventpar sa grandeur et sa grosseur. On attache cebourgeon , lorsque son bois s’est suffisammentconsolidé, au chicot laissé au sujet, afin delui faire prendre une direction perpendiculaireet de l’assurer contre les efforts des vents. Auprintemps suivant, on coupe ce chicot obli-quement du côté opposé à la greffe, et laplaie ne tarde pas à se recouvrir.
Il arrive presque toujours qu’il pousse quel-ques bourgeons sur le sujet, ayant ou après quela greffe s’est développée. Il faut bien se garderde les supprimer trop tôt, et ensuite de les sup-primer trop rapidement, comme le fout la plu-part des jardiniers, croyant que ces bourgeonsprivent la greffe de la sève dont elle a besoin.L’expérience prouve que , dans l’un ou l’autre
Théâtre d’Agriculture } Tome II.
cas , on risque de faire périr la greffe , et mêmequelquefois le sujet. En effet , il y a affluence desève là où il y a végétation , et affaiblissementde végétation là où il n’y a pas de rapports entreles efforts de la sève et ses effets. En consé-quence , on doit laisser pousser tous les bour-geons du sujet, au moins de sa partie supé-rieure , sur-tout lorsque la greffe pousse fai-blement; et ensuite , cette greffe s’étant suffi-samment fortifiée , il faut les enlever petit-à-petit, en commençant toujours par ceux du bas,et même encore laisser un de ceux supérieurs àla greffe , pour ne le supprimer que quelquesjours plus tard.
J’ai dit , au commencement de cette note ,qu’on commençoit à employer la greffe en écus-son , même sur les vieux arbres , et en effet ilne s’agit que de les rabattre pour faire pousserdu jeune bois , sur lequel on greffe la mêmeannée ou l’année suivante. On y a été conduitpar la fréquence de la non-réussite des greffesen fente sur ces sortes d’arbres , et sur le longtemps qu’il faut attendre pour pouvoir les es-sayer de nouveau. Les avantages en sont sinombreux et si certains , qu’on ne peut conce-voir pourquoi on ne les a pas sentis plutôt.
Quant à la greffe en canon } ou en anneau. ,ou en flûte, on en fait rarement usage , dans lespépinières , à raison de ses difficultés.
Les rosiers se greffent fréquemment en écus-son , mais aujourd’hui on ne greffe plus les œil-lets ni les violiers , attendu qu’on se les procurebeaucoup plus facilement par marcottes ou parboutures. Il est plus que douteux, quoiqu’endise Olivier de Serres , qu’on ait jamais assujétià cette opération les passe-velours , les passe-roses , bugloses , chicorées et autres plantes àtiges annuelles , attendu que, lors même qu’elleréussiroit, les résultats en seroient nuis , puis-que le retard qu’elle apporteroit à la floraisonde ces plantes conduiroit jusqu’à l’hiver, époquede la mort de leurs tiges. (A. B.)
CHAPITRE XXIV.
(126) Il doit y avoir des analogies de plu-sieurs espèces entre les arbres qu’on veut gref-fer , pour que la greffe puisse réussir , et encore
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Toge 371 ,colonne 11,ligne 6.