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SEPTIESME LIEU
parfaict. Pour telles raisons donques,autant difficilement peut-on discerner la-quelle des deux commodités est la meil-leure , que d’exprimer les biens qu’on tiredes terres ornées des deux ensemble. Ilest vrai, que l’eau est à préférer au boisen ce poinct, qu’elle faict produire plu-sieurs sortes d’arbres , où le bois ne peutmoyenner aucune eau. Le bois au con-traire , se treuve plus recommendableque l’eau, pour la longueur et difficultéde son accroissement, et la grande des-pence qui court au charroi du bois pourla provision d’une bonne maison, quandl’on est contraint de l’aller quérir loin jsuivant la maxime, que les choses lesplus dijjiciles à recouvrer, sont lesplus précieuses : cédant l’eau au boisen ce cas , que par tout l’on s’abbruveradans peu de temps, quand ce ne seroitque par cisternes , défaillans autresmoyens, comme sera monstré. Dont ilsemble estre plus raisonnable , de viserplustost au bois, qu’à l’eau. Mais pourn’entrer plus avant en ceste dispute, lalaissant aux philosophes, nous-nous ar-resterons là, que puis que Dieu a assujétil’entretenement de nostre vie sous lesquatre élémens, desquels l’eau et le feu,nourri par le bois, font la moitié j nousposerons en mesme reng, l’eau et le bois,pour de mesme main et pareille affec-tion, nous fournir de l’un et de l’autre.Et bien - que pour la nécessité de ceschoses, il semble que la recerche de l’eauet du bois doive estre joincte avec l’or-donnance de la maison , avant qu’entrerau discours du labourage des terres : parbonne raison j’ai réservé d’en traicter enLieu i cest en d r °it » ainsi qu’il ^ esté touché ci-chap. v. devant.
CHAPITRE PREMIER.
Les Eaux en général.
Commenceant par l’eau, je dirai qu’enceci elle surpasse les autres élémens, quede servir d’aliment : en tant qu’elle abbru-ve toute sorte d’animaux, ne donnansimmédiatement aucune nourriture, ni lefeu, ni l’aer , ni la terre. C’est par l’eau Utilitèt tdeque toutes habitations sont rendues agréa - F ‘ au 'blés et saines, et tous terroirs fertils. Quelplaisir est-ce de contempler les belles etclaires eaux coulantes à l’entour de vostremaison, semblans vous tenir compaignie?
Qui rejaillissent en haut par un milliond’inventions , qui parlent, qui chantenten musique, qui contrefont le chant desoiseaux, l’escoupeteriedes arquebusades,le son de l’artillerie, comme de tels mi-racles sevoyent en plusieurs lieux, mesmeà Tivoli , à Pratoli et autres de l’Italie ?
Et très-naifvement à Sainct-Germain enLaie , où le roi a de nouveau faict cons-truire telles et autres magnificences , ad-mirées de tous ceux qui les contemplent.
Quant à la santé , les salubres eaux cou-rantes rafrescliissent l’aer en esté , entoutes saisons servent à la netteté, lavansles immondices du mesnage : faute dequoi faire , n’ayant l’eau à commande-ment , souvent l’on tumbe en grandesmaladies et langueurs. La peste, à fauted’eau , se fourre quelques-fois parmi lesarmées. Le bestail aussi n’estant bienabbruvé , ne faict jamais bonne fin : aucontraire , tous-jours se porte d’autantmieux, que mieux il est accommodé d’eau.
Du profit qu’en dirons-nous ? N’est-ce
pas