DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE. 549
CHAPITRE IV.
Les Puits.
La fontaine dégénère en puits , quandpour la bassesse du lieu, perdant sa bien-séance , elle ne peut couler. Alors l’onse résoud de creuser le puits, ne se don-nant telle peine tant que dure l’espéranced’avoir la belle fontaine coulante : nonplus que se bastir des cisternes, pouvantjouir des puits. Voilà les degrés des eauxemployées l’une au défaut de l’autre.
m, pim L’usage des puits est fort ancien, comme
1 " c ,oniîïïnî il se lit au Genèse, Abraliam et Isaac en
je pu,,,.. avo j r f a i c t creuser plusieurs en la terre
des Philistins, où ils habitoient commeestrangers, pour lesquels puits, ces bonspères eurent diverses disputes avec lesgens du pays. L’addresse du puits estcelle mesme de la fontaine, de-quoi vousservant, ne pourrés faillir de voir vostrepuits abondant en eau : d’autant que cesont les sources basses qui le fournissent,comme a esté dict. Défaillant tel avis ,ne laissera-on pourtant de creuser le puitsoù s’accordera le mieux, pour la commo-dité de la maison , sous le seul jugementdu caver ; s’asseurant de treuver l’eau,avec la patience de caver profondément.Car tous-jours l’eau s’assemble ès ouver-tures de la terre des environs, traversantles pores, y attirée par l’aer, comme parune siringue. Ainsi, avec raison, préférantle père-de-famille, la commodité d’avoirl’eau dans sa maison, quoi-que profon-dément, à l’aisance de la puiser près dela superficie de la terre en quartier es-
Où cremser •« . x , ,
u pu/,,. loigne : se cavera des puits , et dans ses
basse-courts et dans ses jardinages, èsendroits où mieux s’accordera pour sonservice. En quoi il mesnagera très-bien :car il vaut mieux que pour une fois , ildespende beaucoup à façonner ses puitsen lieux du tout commodes ; et chacunan , en cordages pour en puiser l’eau,quelque peu plus , qu’ès autres moinscreusés : qu’à l’entretenement de gens deservice , pour aller à l’eau, comme denécessité l’on est contraint de faire,icelle estant loin. Joinct que tout hommed’esprit faictcas de n’estre contraint d’ou-vrir sa porte à chaque fois qu’il veutboire. Ceci n’est sans exemple, se voyansdes puits de grand service et profondeuradmirable, sur des coupeaux de mon-taigne en plusieurs chasteaux antiqueset modernes. De nostre temps, au chas- i> u ;„ ateau d’Orange, estant sur une montaigne 0ra " ts ‘ %déserte, toute de rochers, en a esté faictun de grande largeur et profondeur, en-fonçant dans la roche plus de trentetoises , jusques à attaindre le plan de laplaine. Aussi la despence de sa fabriquefut grande, ayant cousté environ troismil escus $ mais bien employée, s’estantrendu tant abondant en bonne eau, quedespuis n’en a peu estre espuisé.Si vostreassiete est en planure , pourrés de plu-sieurs endroits faire assembler les eauxdans vos puits , et ce par trenchées sous-terraines, à la mode des fontaines ci-de-vant monstrée , dont ils se rendront très-abondans. Ceste considération est de très- Seront engrande importance, que de faire les puits l “ u nel ’loin des retraits, des estables , des fu-miers , et d’autres lieux puants , dontles malingnes qualités puissent estre com-muniquées à l’eau $ afin que tant plusnette l’ayons , que plus esloignés d’or-
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