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Tome premier.
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on verra le centre de la navigation intérieure se placer naturellement dans lancienne Bourgogne .La Saône qui va se perdre dans le Rhône et dans les mers de la Provence peut être facilementréunie, dune part avec la Loire et lYonne qui se rendent à lOcéan , etdc lautre avec la Meuse ,la Moselle et le Rhin, qui vont se jeter dans les mers du Nord. Sa jonction avec la Loire a étéeffectuée, et cest à M. Gauthcy quon doit les projets et lexécution de eette entreprise. Le canalqui joindrait la Saône à la Seine , a été commencé en meme temps, et lactive bienfaisance dugouvernement ranime déjà des travaux que les circonstances avaient forcé de laisser languir.La communication avec le Nord sopère en ce moment, et limmense canal Napoléon, qui varéunir Lyon et Strasbourg, la Saône et le Rhin , formant un lien nouveau avec les provincesdont lempire sest agrandi sur les bords de ce fleuve, et les faisant participer aux avantages ducommerce général de la France , sera lun des plus beaux monuments dun règne à jamaismémorable.

Ces considérations, quil est facile de saisir à la seule inspection dune carte de la France ,navaient point échappé à M. Gauthey. Il connaissait également les tentatives quon avait faitesà diverses époques, et les dernières opérations de MM. de Perronet et de Chezy , daprès les-quelles le gouvernement sétait décidé à exécuter le canal qui réunissait la Saône à lYonne ,préférablement à celui qui aurait réuni la Saône avec la Loire . Ces habiles ingénieurs, aprèsavoir discuté avec le plus grand soin les deux projets qui depuis longtemps étaient en concur-rence, et balancé leurs avantages et leurs inconvénients respectifs, avaient choisi le canal leplus long et celui dont la dépense était la plus considérable ; mais ce canal donnait une commu-nication directe avec la capitale, et surtout on craignait quon ne pût rassembler pour celuidu Charolaisunc assez grande quantité deau pour alimenter une navigation florissante.

Ce procès semblait décidé en dernier ressort, et il ne paraissait pas quon dût jamais revenirsur un jugement prononcé par les ingénieurs les plus instruits du siècle. M. Gauthey lui-même , qui dès cette époque donnait la préférence au canal du Charolais, plus court, duneexécution plus prompte, et dont la direction se rapprochait davantage de sa ville natale, sétaitsoumis à la décision de ses anciens maîtres. Il fut alors chargé (en 1767) de tracer, de Châlons à Toulon sur Arroux, une route qui devait passer très près de létang de Longpendu , empla-cement du point de partage du canal du Charolais ; ce travail lui donna les moyens de recon-naître la possibilité de lexécution du canal, et cest à cette circonstance remarquable quil futredevable de cette découverte.

En faisant les nivellements nécessaires pour régler les pentes de la route, M. Gauthey recon-nut que létang de Longpendu était situé dans une interruption de la chaîne de montagnes quisépare les eaux qui coulent dans la Méditerranée de celles qui se rendent à lOcéan, et quàraison du peu délévation de son niveau on y pouvait rassembler une quantité deau beaucoupplus considérable quon ne lavait présumé jusqualors. On sent quelle impression cette décou-verte si intéressante dut faire sur son esprit; combien elle confirma ses premières vues, et avecquel empressement il conçut lespoir désormais fondé de faire réussir son projet favori. Mais sila nature ne lui présentait plus dobstacles, ou si, du moins, son génie lui fournissait assez deressources pour quil ne craignît pas ceux quelle lui opposait encore, il lui en restait de plusdifficiles à vaincre dans les hommes et dans les circonstances, et qui exigeaient pour les sur-monter beaucoup plus de courage et de force desprit. On sait quil nest point dentreprise utile.