HISTOIRE
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Et pourtant, faut-il le dire? à l’heure où nous écrivons ces pages, qui nous ont coûtébien des veilles, l’Horlogerie n’a plus, ou presque plus, d’apôtres parmi nous ! Nous ou-blions les saintes traditions, les grands principes de nos pères. Autrefois, les étrangersétaient nos tributaires, et nous sommes aujourd’hui tributaires de l’étranger. Ce sontles montagnards de la Suisse qui nous fournissent des montres; et jadis les nôtres étaientrecherchées sur tous les marchés du monde, surtout lorsqu’elles étaient signées JulienLe Roy, Dutertre, Thiout, Pierre Le Roy , Ederlin, Ferdinand Rerthoud, d’Àuthiau, etc.— Hélas! que diraient ces grands horlogers du temps passé, si, sortant pour un jour deleur tombe, ils pouvaient voir ce qui se passe aujourd’hui parmi nous?
Nous l’avons dit au temps du dernier roi :
« Les marchands de bijoux ont envahi le temple,
Où le peuple ébahi, chaque jour, les contemple ;
Les lévites de l’art, aux grands jours éprouvés,
Fuyant devant Baal , inondent les pavés;
Et la faim dévorante en fait des mercenaires!
Adieu l’art, pour toujours!... On nous disait naguèreQue les rois s’en allaient, mais ils sont revenus ;
Les horlogers s’en vont... Ils ne reviendront plus! »
Cependant, hâtons-nous de le dire, nous avons exagéré le mal: la France possèdeencore de véritables artistes en Horlogerie , auxquels il ne manque, pour régénérer l’art,pour lui continuer sa marche ascendante, qu’un gouvernement qui les aide et les pro-tège , et qui leur assure, pour prix de leurs travaux , le pain qu’ils auront gagné, lagloire qu’ils auront acquise.
Eh ! mon Dieu ! serait-il possible que le gouvernement de la République fît moinspour la suprématie de l’Horlogerie française, que ne firent, durant trois siècles, lesValois et les Rourbons ! Nous espérons le contraire , pour l’honneur, et même dans l’in-térêt du gouvernement; car il est prouvé qu’aux époques où notre Horlogerie fut en fa-veur, ses produits formaient une branche importante de notre commerce national,comme ils étaient une source de revenus pour l’Etat.
L’Horlogerie proprement dite est née au Moyen Age ; mais elle est restée dans leslanges jusqu’au quinzième siècle inclusivement.
Au seizième siècle, tous les beaux-arts se perfectionnèrent, les meubles et les usten-siles les plus communs devinrent des chefs-d’œuvre sous les mains d’obscurs ouvriers,devenus tout-à-coup de grands artistes, et aussi des historiens de l’ordre le plus élevé :car, à l’aide du ciseau et du burin, ils écrivirent, sur le marbre et la pierre de diversmonuments publics et privés qui sont encore debout, des pages architecturales magni-fiques , dans lesquelles ils font revivre les faits les plus saisissants de l’histoire sacréeet de la mythologie païenne.
A cette époque de régénération intellectuelle, l’Horlogerie ne pouvait pas rester sta-tionnaire; aussi fit-elle alors de notables progrès, non-seulement en France , mais en-core en Angleterre, en Allemagne, en Suisse , etc.