DE L’HORLOGERIE.
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rent la confiance que nous avions jadis si bien méritée. Dès lors la réaction contrenos produits chronométriques commença; une immense perturbation artistique s’en-suivit : tout fut ébranlé ou déplacé, et bientôt les vrais horlogers, pour pouvoir luttercontre la concurrence des industriels et des fraudeurs protégés par la loi, furent obli-gés d’acheter et de vendre les montres de la Suisse . Tels furent les premiers fruits dudécret de Turgot corroboré par celui de l’Assemblée constituante .
Mais le mot de liberté est une si belle chose en France , que personne n’osait blâmerla loi nouvelle, pas même les artistes, dont elle brisait impitoyablement l’avenir.Sous la République , sous l’Empire et pendant la Restauration, le mal s’aggrava pro-gressivement; il atteignit ses dernières limites sous le règne de Louis-Philippe , et,aujourd’hui, on peut dire hardiment qu’il n’y a plus ou presque plus d’horlogeriefrançaise. On voit encore briller de beaux noms sur des enseignes; mais ceux quiportaient jadis ces noms glorieux et respectés sont depuis longtemps descendus dansla tombe; ceux de leurs émules qui vivent encore aujourd’hui y descendrontà leur tour, et alors quels seront leurs successeurs? Ils en auront, sans aucundoute, c’est du moins notre espoir; mais ils seront évidemment trop faibles ettrop peu nombreux pour pouvoir opposer une résistance efficace à l’envahissementtoujours croissant des industriels en horlogerie.
Cet envahissement est tel, qu’au moment où nous écrivons ce livre, — c’est unfait avéré, — les trois quarts des montres et des pendules qui se vendent en France sont vendues par des lampistes, des marchands de meubles et de curiosités, descourtiers, des commissionnaires, et même par des libraires! Quant aux pièces d’hor-logerie qui de nos ports sont exportées à l’étranger, notamment dans les différentescontrées de l’Amérique , elles sont repoussées unanimement. En pourrait-il êtreautrement, quand nous savons tous que les ruses les plus honteuses, les plus mépri-sables, sont journellement employées pour tromper les acheteurs de toutes les na-tions? N’est-il pas à la connaissance du gouvernement lui-même que des spécula-teurs font fabriquer, pour les faire vendre à l’Hôtel des commissaires-priseurs oupour les exporter, des montres ou des pendules qui n’en ont que la forme et quisont incapables de fonctionner? Des faits plus déplorables encore se produisentchaque jour sous nos yeux; nous citerons le suivant. Les spéculateurs dont nousparlons ne se sont pas contentés d’avilir notre horlogerie moderne, ils ont aussiporté leurs mains sacrilèges sur notre horlogerie ancienne, et bientôt, sans doute,les étrangers ne voudront ni de l’une ni de l’autre! Voici le procédé de nos spécula-teurs : ils imitent d’abord les modèles des pendules du dernier siècle, puis ils met-tent dans ces boîtes des mouvements informes, souvent sans ressorts, sans échappe-ment, etc.; puis enfin, pour tromper plus sûrement le public, ils font peindre surles cadrans ou graver sur les platines de ces pendules les noms de Julien Le Roy , deF- Berthoud, de Lepaute , etc., etc. Et l’on appelle cela faire du commerce!...et l’on préconise la liberté d’un tel commerce! Pour notre compte, nous repoussons