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DE L’HORLOGERIE.
quelque sorte à la tête du mouvement insurrectionnelqui se manifesta au collège de Navarre . Le roi, qui nevoulait pas laisser fléchir son autorité, fit incarcérertous les écoliers qui avaient pris part à ce mouvement,et Oronce Fine fut claquemuré dans un des cachots dupetit Châtelet. Il y resta jusqu’en 1524, et en en sor-tant il se promit bien de ne plus désobéir aux ordresdu roi. Antoine Sylvestre, son protecteur, ne l’aban-donna pas pendant sa captivité, et il obtint la permis-sion d’aller le voir quelquefois et de lui faire passer deslivres français et étrangers, qu’il lisait avec avidité et-qui augmentaient ses connaissances. Ce fut peut-êtrecette captivité qui lui donna ce goût prodigieux pourles sciences abstraites et qui l’habitua de bonne heureà la méditation et au travail.
Lorsque Oronce Finé recouvra sa liberlé, il se mit àdonner des leçons publiques de mathématiques au col-lège de maître Gervais ; ces leçons, qui étaient fortsuivies, lui firent en peu de temps une très-haute répu-tation, et, en 1530 , François I er , qui aimait à protégerles savants, lui permit de prendre le titre de mathéma-ticien du roi, et le nomma à la chaire de mathémati-ques du collège royal. C’était une faveur dont il futreconnaissant; car on voit dans le canon des éphémé-rides de 1543 qu’il adressa une épître en vers à Fran-çois I er , dans laquelle il exprime à ce prince toute lareconnaissance dont il était pénétré.
Cette épître, dans laquelle Oronce Finé montra sontalent poétique, avait pour but de faire comprendre auroi la dignité, la perfection et l’utilité des mathéma-tiques. Ce sujet, comme on voit, se prêtait peu auximages de la poésie; mais sous le règne de François I eron n’était pas très-difficile sur la qualité des vers fran-çais ou latins, et ceux de notre mathématicien eurentbeaucoup de succès.
Depuis sa nomination à la chaire de mathématiquesdu collège royal jusqu’à sa mort, Oronce Finé ne cessapas un seul instant de s’occuper d’astronomie et de géo-métrie , et il composa, si l’on en croit Nicéron ( voy. letome xxvhi de ses Mémoires), 32 ouvrages sur cessciences. Ces ouvrages, qui sont en partie dans la Bi-bliothèque nationale de Paris , ne sont que des opuscu-les qui n’ont rien de bien curieux pour les savants denotre époque ; mais on conçoit la faveur qui les accueillità l’époque de François I er .
Oronce fut un des nombreux investigateurs des arca-nes géométriques. La quadrature du cercle, la duplica-tion du cube, l’inscription dans le cercle des polygonesà côtés en nombre impair, sont l’objet de deux de sesouvrages, dont l'un contient une préface d’AntoineMizauld, ami particulier de Finé . On voit dans ces ou-vrages que notre savant professeur de mathématiquesn’était pas exempt des erreurs de son siècle et qu’ilcroyait aux absurdes combinaisons de l’astrologie judi-ciaire.
Oronce eut des disputes scientifiques avec Jean Borelet Pedro Nunes , célèbre professeur de l’université deCoïmbre, à propos de ses erreurs concernant la quadra-ture du cercle. La principale erreur d’Oronce Finé con-sistait en ce qu’il faisait la circonférence du cercle égaleà la moindre des deux moyennes proportionnelles entrele contour du carré inscrit et celui du carré circonscrit.
Le titre de mathématicien du roi donnait à Finé ledroit d’être reçu à la cour, où il se faisait remarquerpar un esprit vif et pénétrant qui jetait un charme toutparticulier dans les conversations auxquelles il prenaitpart. François 1 er lui-même ne dédaignait pas parfois dese mêler à ces conversations, dans lesquelles il faisaitpétiller les étincelles de son esprit.
Outre la faveur dont Oronce jouissait à la cour, samaison était le rendez-vous des ambassadeurs et desprinces étrangers, des dignitaires de l’Église, des sa-vants , des grands artistes et des beaux-esprits. Le car-dinal de Lorraine était un des habitués de la maisond’Oronce ; mais sa fierté et sa rigidité n’en faisaient pasun convive agréable. Cependant il se distinguait par detrès-hautes connaissances en astronomie, en géométrie,et surtout en mécanique, qui était sa science de prédi-lection.
Ce goût que le prince-cardinal de Lorraine manifes-tait pour la mécanique et l’astronomie lui donna l’idéede faire faire par Oronce Finé une horloge planétairecomme il n’en existait pas alors en Europe. Oronce luitraça le plan de cette machine ; il en calcula les rouages,en dessina l’enveloppe extérieure, etc., et il se mital’œuvre en 1546. Cette horloge fut terminée en 1553,et elle fut l’objet de l’admiration générale. Le cardinalla fit placer dans son cabinet, et à sa mort il en fit donà la Bibliothèque des génovéfins : elle est encore au-jourd’hui à la Bibliothèque de Sainte - Geneviève , dansla salle des manuscrits.
Avant de mourir, le cardinal avait fait faire la des-cription en français de cette curieuse horloge ; le ma-nuscrit où elle était décrite se retrouva dans les papiersdu duc, d’où il passa entre les mains des génovéfins.Ce manuscrit était encore dans la Bibliothèque de Sainte-Geneviève vers l’année 1828 : depuis lors il a disparu ;car, malgré toutes les recherches que nous avons faites,secondé que nous étions par MM. les bibliothécaires docet établissement, notamment par le savant et très-obligeant M. Ferdinand Denis , nous n’avons pas pu re-trouver ce document. Du reste, la reproduction quenous en avons donnée pages 158, 159, 160 et 161, estparfaitement exacte.
On pourrait croire qu’Oronce Finé , après avoir été le ‘commensal de deux rois et après avoir accompli desœuvres magnifiques pour son époque, mourut riche etcomblé d’honneurs ; il n’en fut rien : ce célèbre mathé-maticien fut abandonné par Henri II , par les grandspersonnages qui composaient sa cour et par le cardinal