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Histoire de l'horlogerie depuis son origine jusqu'à nos jours : précédée de recherches sur la mesure du temps dans l'antiquité et suvie de la biographie des horlogers les plus célèbres de l'Europe / par Pierre Dubois ... Illustrations archéologiques exécutées sous la diréction de Ferdinand Seré
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DE L’HORLOGERIE.

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SULLY.

Élève de Gretton, célèbre horloger de Londres ,Sully, très-jeune encore, s’appliqua à l’étude de la mé-canique et de quelques autres sciences qui ont pour baseles mathématiques. Il lit, dès l’âge de dix-huit ans, desrecherches sur l’astronomie qui le firent connaître etestimer du grand philosophe Newton ; il passa ensuiteen Hollande, de là à Vienne, où il s’occupa de la lecturedes mémoires de l’Académie et de tous les livres quipouvaient l’éclairer. Étant venu en France pendant laminorité de Louis XV , Sully se lia particulièrement avecJulien Le Roi, dont la réputation commençait à grandir.

Pendant son séjour à Paris , Sully fut présenté au ducd’Orléans, régent de France , qui, après s’être entretenuquelque temps avec lui sur les sciences mathématiques,lui donna une gratification de 1 ,500 fr., et le chargead’aller chercher à Londres des ouvriers horlogers habi-les pour établir à Versailles une manufacture d’horlo-gerie. Elle fut établie en effet ; et il en fut nommédirecteur. Cette place lui fut d’abord très-avantageuseet très-lucrative, malheureusement il ne la conservapas longtemps. Sully à cette époque n’avait pas uneconduite régulière, il était prodigue à l’excès, et malgrétout son talent la perturbation s’introduisit dans lamanufacture, et il devint nécessaire de lui donner unsuccesseur : ce fut Gaudron, horloger du régent, qui leremplaça.

Peu de temps après cette disgrâce, l’artiste anglais ,aidé par M. le maréchal de Noailles, établit une autremanufacture à Saint-Germain; et celle-ci ne tarda pasà surpasser celle de Versailles . Cependant, soit que cesfabriques fussent mal dirigées , soit que le goût del’horlogerie ne fût pas encore bien vif en France , ellesne tardèrent pas à tomber l’une et l’autre : l’Angleterreen profita pour engager Sully à revenir dans sa patrieavec tous les ouvriers qu’il lui serait possible d’ameneravec lui. Sully retourna donc à Londres ; mais le peude secours qu’il y trouva, joint à son inclination pour laFrance, le ramena bientôt à Versailles ; là devenuplus laborieux et moins prodigue , il acquit en peu detemps l’estime de toute la cour, et il se trouva bientôtpar son travail non-seulement en état de subvenir àtous ses besoins, mais aussi de satisfaire à ses enga-gements antérieurs.

Ce fut alors que, libre et l’esprit tranquille, il con-struisit son horloge à levier horizontal pour l’usage dela marine. 11 appliqua son nouvel échappement à cettemachine, et il la présenta à l’Académie . Bientôt le roilui accorda une pension de 600 livres, qu’il conservajusqu’à sa mort.

L’horloge de Sully était travaillée avec beaucoup desoin, et elle marcha pendant plusieurs semaines avec unerégularité parfaite. Ce mode d’horloge eut d’abord ungrand succès, mais il ne dura pas longtemps. Le nouveléchappement de Sully ne valait rien, et l’auteur lui-même fut obligé de le remplacer par celui à roue derencontre.

En 1726, Sully fit un voyage à Bordeaux pour fairesur mer des expériences propres à constater le degréde régularité de son horloge. On peut voir les détailsqu’il publia à cette occasion dans une brochure inti-tulée : Description d’une horloge d’une nouvelle inven-tion , etc.

Sully, après avoir été très-bien accueilli à Bordeaux ,revint à Paris , où il trouva ses affaires dérangées; lechagrin qu’il en éprouva altéra sa santé et il restalongtemps malade. Dès qu’il fut rétabli, il entrepritl’exécution de la méridienne de Saint-Sulpice.

En 1728, il publia un petit ouvrage dont le titre était :Méthode pour régler les montres et les pendules, danslequel il donnait le plan d’un grand traité d’horlogeriequ’il espérait peut-être un jour mettre à exécution.

Sully publia successivement la Règle artificielle dutemps, la nouvelle pratique pour connaître plus exacte-ment la longitude dans la navigation.

Ce célèbre horloger fut un de ceux qui créèrent lasociété des arts qui, protégée et présidée par le régent,rendit de grands services à la science chronométri-que.

Après avoir employé beaucoup d’énergie pour étendrel’influence de cette société, Sully en devint le martyr.Son zèle l’entraîna trop loin. Un jour, dit-on, ayantappris qu’une personne qui demeurait dans un quartieréloigné avait l’intention de présenter un ouvrage denouvelle invention, il n’eut pas la patience d’attendreque l’auteur apportât cet ouvrage à la société, il alla lui-même le chercher; et, comme on lui avait donné uneadresse inexacte, il se donna beaucoup de peine pourtrouver l’artiste. La fatigue qu’il éprouva lui occasionnaune fluxion de poitrine dont il mourut, au mois d’oc-tobre 1728. H fut inhumé à Saint-Sulpice au pied dusanctuaire, non loin de la méridienne qui était son ou-vrage.

Sully fut un de ces génies heureux qui font honneurà leur état et à leur siècle ; on ne peut disconvenir qu’iln’ait eu une très-grande part à la révolution qui s’opéradans l’horlogerie européenne , et qui eut pour résultatde mettre définitivement le sceptre de l’art entre lesmains des horlogers de la France .

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