2 s essai sur la minéralogie ,& c :
plaine, appellée la Play a de Andrés Zaro , où l’on prétendque se donna la bataille dans laquelle périt le fameux Roland jles montagnes du Béarn, du Bigorre , font moins acces-sibles. Vous y remarquerez un plus grand nombre de cesprécipices, dont on ne peut sonder la profondeur qu aveceffroi. Les sommets de ces hautes éminences ne font qu’unefuite de pics, ou rochers sourcilleux, déserts horribles, où quel-ques animaux sauvages daignent à peine fixer leur retraite.Les montagnes de la Navarre ne font pas aussi dépeuplées, &abondent du moins en oiseaux de passage ; des nuées de ramierscouvrent les forêts, dans la saison où les arbres commencent àse dépouiller de leurs feuilles. Les Navarrois, ainsi que d’autrespeuples, situés au pied des Pyrénées, savent profiter de latransmigration de cette espèce de gibier. Le ramier, qui cher-che la douce température des climats, quitte le Nord , & fuitdans les contrées du Midi, avant les froids de l’hiver. Soninstinct le détermine à suivre le plus court trajet pour parvenirà fa destination ; mais repoussé par la chaîne des Pyrénées quis’éleve brusquement, il la côtoie jusqu’aux rivages de l’Océan,où des montagnes plus basses lui offrent une issue moins diffi-cile. Ce détour l’expose à tomber dans des pièges qu’il n’auroitpas eu à redouter, en traversant les majestueux boulevardsd’où fa timidité l’éloigne. Lorsqu’une bande de ramiers paroîtdans Pair, des chasseurs, cachés fous l’épais feuillage descabanes qu’on a construites fur de hauts trépieds placés à cer-taines distances les uns des autres, lancent vers ces oiseaux uneespèce de raquette ; instrument qui leur présente l’image deFépervier : les ramiers fondent jusqu’à terre , & la rasent pen-dant quelque temps, comme s’ils cherchoient à se garantir desatteintes de ce redoutable ennemi ; à peine, faiblement rassu-rés, reprennent-ils leur vol vers la moyenne région de Pair, quele même artifice les en fait descendre, & les précipite dans desfilets qu’on oppose à leur passage.