42 ESSAI SUR LA MINÉRALOGIE,^;ravin , dont les bords font incultes & inhabités, on est loin des’attendre à y trouver des terres cultivées ; vous croyez au con-traire pénétrer dans des lieux tristes & déíerts, éloignés de lafréquentation des hommes ; mais l’oeil est surpris agréablementau hameau de Sainte-Engrace ; il découvre fur les montagnesqui bordent la rive gauche du Galion , une multitude de mai-sons isolées, dont Eextérieur peint en blanc, ne contribue pasmoins à égayer cette solitude , que l’afpect varié des champs& des prairies ; ces paisibles habitations font couronnées deforêts , qui s’étendent presque jufqu’à la cime : ici l’on ne voitque des rochers escarpés, qui ne parent leur tête d’aucuneefpéce de verdure ; le vent seul régné fur ces lieux élevés , ainsique l’attestent des sapins abattus près du coi de Sifcous, parle souffle impétueux de l’Ouest.
..... Loca déchirât Jurstan véntosa pateré j
Res ipfa & finfus montes cum adfiendimus altos.
Lucret. Lib. VI.
M. de Buffon prétend que la condensation de l’air par íéfroid , dans les hautes régions de l’atmofphere, doit compen-ser la diminution de densité, produite par la diminution dupoids incombant, & que par conséquent l’air doit être aufildense fur les sommets froids des montagnes, que dans les plai-nes ; il paroît même certain que les vents font plus vioìensfur les hautes éminences, que dans les plaines, comme j’ai eusouvent occasion de m’en convaincre, & sur-tout au col desMoines, situé à l’extrêmité méridionale de la vallée d’Ossau ;ayant hasardé de franchir ce port, vers la fin de l’automne ,fy effuyai un ouragan terrible ; à cette élévation le vent duMidi fouffloit avec tant de force, qu’il falloit continuellements’appuyer fur les rochers pour n’être pas renversé ; ce ne futqu’avec une peine extrême que je pénétrai jufqu’à THôpitalde Sainte-Christine » seul gîte que le voyageur trouve dansdes lieux si déserts