ÉPOQUES DE T,A NATURE. S99
que d'erreurs sur les causes des événernens ! et quelle obscurité pro-fonde n’environne pas les temps antérieurs à cette tradition ! D'ail-lenrs elle ne nous a transmis que les gestes de quelques nations,c’est-à-dire, les actes d’une très-petite partie du genre humain; toutle reste des hommes est demeuré nid pour nous, nul pour la posté-rité; ils 11e sont sortis de leur néant que pour passer comme desombres qui ne laissent point de traces : etplùt au ciel que le nombrede tous ces prétendus héros dont 011 a célébré les crimes ou la gloiresanguinaire, fût également enseveli dans la nuit de l’oubli!
Ainsi l’histoire civile, bornée d’un côté par les ténèbres d’untemps assez voisin du nôtre, ne s’étend de l’autre qu’aux petitesportions de terre qu’ont occupées successivement les peuples soi-gneux de leur mémoire; au lieu que l’histoire naturelle embrasseegalement tous les espaces, tous les temps , et n’a d’autres limitesque celles de l’univers.
l.a Nature étant contemporaine de la matière, de l’espace et dutemps, son histoire est celle de toutes les substances, de tous leslieux, de tous les âges; et quoiqu’il paroisse à la première vueque ses grands ouvrages ne s’altèrent ni ne changent, et que dansses productions, même les plus fragiles et les plus passagères, ellese montre toujours et constamment la même, puisque chaqueinstant ses premiers modèles reparoissent à nos yeux sous de nou-velles représentations, cependant, en l’observant de près, on s’aper-cevra que son cours n’est pas absolument uniforme : on recon-noitra qu’elle admet des variations sensibles, qu’elle reçoit desaltérations successives, qu’elle se prête même à des combinaisonsnouvelles, à des mutations de matière et de forme; qu’enlin au-tant elle paroît fixe dans son tout, autant elle est variable danschacune de ses parties; et si nous l’embrassons dans toute sonétendue, nous ne pourrons douter qu’elle ne soit aujourd’hui très-différente de ce quelle étoit au commencement et de ce qu’elleest devenue dans la succession des temps : ce sont ces changemensdivers que nous appelons scs épocpies. La Nature s’est trouvée dansdifférens états ; la surface de la Terre a pris successivement desformes différentes ; les cieux même ont varié, et toutes les chosesde l’univers physique sont, comme celles du monde moral, dansun mouvement continuel de variations successives. Par exemple,l’état dans lequel nous voyons aujourd’hui la Nature, est 'autantnotre ouvrage que le sien ; nous avons su la tempérer, la modi-fier , la plier à nos besoins, à nos désirs; nous avons sondé, cul-tivé, fécondé la terre : l’aspect sous lequel elle se présente, estdonc bien différent de celui des temps antérieurs à l’invention