556 HISTOIRE NATURELLE.
Nous voilà , comme je me le suis proposé, descendus du som-met de l’échelle du temps jusqu’à des siècles assez voisins du
même côté , des glaces que la mer orientale y pousse en hiver deux à trois jours desuite : on y voit en certains temps des vols d’oiseaux, qui , après un séjour dequelques mois, retournent ’n lest, d’où ils étoient arrivés. Le continent opposé acelui de l’Asie vers le nord , descend donc jusqu’à la latitude du Kamtschatka :ce continent doit être celui de l’Amérique occidentale. M. Muller, après avoirdonné le précis de cinq ou six voyages tentes par la nier du Nord pour doubler lapointe septentrionale de l’Asie , finit par dire que tout annonce l’impossibilité decette navigation ; et il le prouve par les raisons suivantes : Cette navigation devroifse faire dans un été; or l'intervalle depuis Archangel à l’Oby, et de ce 11 euve auJéniscik, demande une belle saison toute entière. Le passage du Waigats a coûtédes peines infinies aux Anglais et aux Hollandais : au sortir de ce détroit glacial,en rencontre ries îles qui ferment le chemin; ensuite le continent, qui forme uucap entre les fleuves Piasida et Chatanga , s'avançant au-delà du 76 e. degré delatitude, est de même bordé d’une chaîne d'îles, qui laissent difficilement unpassage à la navigation. Si l’on veut s’éloigner des côtes et gagner ia haute mer versle pôle, les montagnes de glaces presque immobiles qu’on trouve au Groenland e*au Spitzberg, n’aimoncent-elles pas une continuité rie glaces jusqu’au pôle ? S 1l’on veut longer les côtes, cette navigation est moins aisée qu'elle ne l’étoit iy a cent ans ; l’eau de l’Océan y a diminué insensiblement : on voit encore loin desbords que baigne la mer Glaciale , les bois qu'elle a jetés sur des terres qui jadis luiservoient de rivages ; ces bords y sont si peu profonds, qu’on ne pourroit y em-ployer que des bateaux très-plats, qui, trop foibles pour résister aux glaces, nesauroient fournir une longue navigation, ni se charger îles provisions qu'elle exige.Quoique les Russes aient des ressources et des moyens que n’ont pas la plupart dc sautres nations européennes pour fréquenter ces mers froides, on voit que les voyagestentés sur la mer Glaciale n’ont pas encore ouvert une route de l’Europe et del’Asie à l’Amérique ; et ce n’est qu’en partant de Kamtschatka , ou d’un autrepoint de l’Asie la plus orientale, qu’on a découvert quelques côtes «le l’Amérique occidentale.
Le capitaine Behring partit du port d’Àwatscha en Kamtschatka le 4 juin ïy4cAprès avoir couru au sud-est et remonté au nord-est, il aperçut, le 18 du moissuivant, le continent de l’Amérique à 58d 28 ’ de latitude; deux joujs après,il mouilla près d’une île enfoncée dans une baie ; de là, voyant deux caps, ifappela l’un à l’orient Saint-Élie , et l’autre au couchant Saint- ïlermogcne ;ensuite il dépêcha Chitrou, l’un de scs officiers, pour recounoitre et visiter legolfe où il venoit d’entrer. On le trouva coupé ou parsemé d’îles : une entre antresoffrit des cabanes désertes ; elles étoient «le planches bien unies et même échancrécs.Ou conjectura que cette île pouvoit avoir été habitée par quelques peuples ducontinent de l’Amérique . M. Steller, envoyé pour faire des observations sur cesterres nouvellement découvertes, trouva une cave où l’on avoit mis une provisionde saumon fumé, et laissé des cordes, des meubles et des ustensiles : plus loin , ilvit fuir des Américains à son aspect. Bientôt on aperçut du feu sur une colline assezéloignée ; les sauvages sans doute s’y étoient retirés; uu rocher escarpé y couvroitleur retraite.
D'après l’exposé de ces faits, il est aisé de juger que ce ne sera jamais qu’enpartant de Kamtschatka que les Russes pourront faire le commerce de la Chine et du Japon , et qu’il leur est aussi difficile , pour ne pas dire impossible, qu auxautres nations de l’Europe , «le passer par les mers du nord-est, dont la plusgrande partie est entièrement glacée : je ne crains donc pas de répéter que le seul