562 HISTOIRE NATURELLE.
manque pas plus que le gibier, le poisson et les fruits. Mais danstous ceux où l'espace s’est trouvé couliné par les eaux , ou resserrépar les liantes montagnes, ces petites nations, devenues trop nom-breuses, ont été forcées.de partager leur terrain entre elles ; et c’estde ce moment que la Terre est devenue le domaine de l'homme :il en a pris possession par ses travaux de culture, et l’attachementà la patrie a suivi de très-près les premiers actes de sa propriété.L’intérêt particulier faisant partie de l’intérêt national, l’ordre, lapolice et les lois ont dù succéder, et la société prendre de la con-sistance et des forces.
Néanmoins ces hommes, profondément affectés des calamités deleur premier état, et ayant encore sous leurs yeux les ravages desinondations, les incendies des volcans, les gouffres ouverts parlessecousses de la Terre , ont conservé un souvenir durable et presqueéternel de ces malheurs du monde : l'idée qu’il doit périr par undéluge universel, ou par un embrasement général; le respect pourcertaines montagnes 1 sur lesquelles ils s’éloient sauvés des inon-dations ; l’horreur pour ces autres montagnes qui lançoient desfeux plus terribles que ceux du tonnerre ; la vue de ces combatsde la Terre contre le Ciel, fondement de la fable des Titans et deleurs assauts contre les Dieux ; l’opinion de l’existence i celle d’uncire malfaisant, la crainte et la superstition qui en sont le pre-mier produit ; tous ces sentimens fondés sur la terreur se sont dès-lors emparés à jamais du cœur et de l’esprit de l’homme : à peineest-il encore aujourd’hui rassuré par l’expérience des temps, parle calme qui a succédé à ces siècles d’orage , enfin par la connois-sance des effets et des opérations de la Nature; connoissance quin’a pu s’acquérir qu’après l’établissement de quelque grande so-ciété dans des terres paisibles.
Ce n’est point en Afrique , ni dans les terres de l’Asie les plusavancées vers le Midi, que les grandes sociétés ont pu d abord seformer; ces conlrées étaient encore brillantes et désertes : ce n’est
1 lies montagnes en vénération dans l’Orient sont le mont Carmel et quelquesendroits du Caucase} le mont Pirpaugel au nord de l'Indostan } la montagne Poradans la province d’Aracanj celle de Chaq-Pechan a la source du fleuve Sangari ,chez les Tartares Mautcheoux , d’où les Chinois croient qu’est venu Fo-hij lemoût Altay à l’orient des sources du Selinga en Tartarie} le mont Pécha au nord-ouest de la Chine , etc. Ce'les qui éloicnt en horreur étoient les montagnes a vol-can, parmi lesquelles on peut citer le mont Ararath , dont le nom même signifiemontagne de malheur , \ arce qu'en efFet cette montagne étoit un des plus grandsvolcans de l’Asie , comme cela sc reconnoît encore aujourdlmi par sa tonne et parles matières qui environnent son sommet, où l'on voit les cratères et les autresiigues Ue ses anciennes éruptions. ( Add, Bu/J\ )