568 HISTOIRE NATURELLE
vantes. Je vais tâcher de répondre à ces questions d’une manière
satisfaisante.
Il est vrai que presque tous les observateurs se sont accordés àregarder comme des animaux les corps mouvans des liqueursséminales, et qu’il n’y a guère que ceux qui, comme Verrheyen,ne les avoient pas observés avec de bons microscopes, qui ontcru que le mouvement qu’on voyoit dans ces liqueurs pouvoitprovenir des esprits de la semence, qu’ils supposoient être engrande agitation; mais il n’est pas moins certain , tant par mesobservations que par celles de M. Needham sur la semence ducalmar, que ces corps en mouvement des liqueurs séminales sontdes êtres plus simples et moins organisés que les animaux.
Le mot animal , dans l’acception où nous le prenons ordinai-rement, représente une idée générale formée des idées particu-lières qu’on s’est faites de quelques animaux particuliers : toutesles idées générales renferment des idées différentes, qui appro-chent ou diffèrent plus ou moins les unes des autres, et par con-séquent aucune idée générale ne peut être exacte ni précise; l’idée-générale que nous nous sommes formée de l’animal sera, si vous levoulez, prise principalement de l’idée particulière du chien, ducheval, et d’autres bêtes qui nous paraissent avoir de l’intelli-gence, de la volonté, qui semblent se déterminer et se mouvoirsuivant cette volonté, et qui de plus sont composées de chair etde sang, qui cherchent et prennent leur nourriture, qui ont dessens, des sexes et la faculté de se reproduire. Nous joignons doncensemble une grande quantité d’idées particulières lorsque nousnous formons l’idée générale que nous exprimons par le mot ani-mal; et l’on doit observer que, dans le grand nombre de ces idéesparticulières, il n’y en a pas une qui constitue l’essence de l’idéegénérale : car il y a, de l’aveu de tout le monde, des animauxqui paraissent n’avoir aucune intelligence, aucune volonté, au-cun mouvement progressif; il y en a qui n’ont ni chair ni sang,et qui ne paraissent être qu’une glaire congelée; il y en a qui nepeuvent chercher lenr nourriture, et qui ne la reçoivent que del’élément qu’ils habitent; enfin il y en a qui n'ont point de sens,pas même celui du toucher, au moins à un degré qui nous soitsensible; il y en a qui n'ont point de sexe, ou qui les ont tousdeux, et il ne reste de général à l'animal que ce qui lui est com-mun avec le végétal, c’est-à-dire, la facultéde se reproduire. C’estdonc du tout ensemble qu’est composée l’idée générale; et ce toutétant composé de parties différentes, il y a nécessairement entrecas parties des degrés et des nuances : un insecte, dans ce sens, est