S HISTOIRE NATURELLE
les premiers castors ; l'abeille perfectionneroit encore tous lesjours la cellule qu’elle habite : car si on suppose que cette celluleest aussi parfaite quelle peut l’être , on donne à cet insecte plusd’esprit que nous n’en avons; on lui accorde une intelligencesupérieure à la nôtre, par laquelle il apercevrait tout d'un couple dernier point de perfection auquel il doit porter son ouvrage ,tandis que nous-mêmes ne voyons jamais clairement ce point,et qu’il nous faut beaucoup de réflexion, de temps et d’habitudepour perfectionner le moindre de nos arts.
D'où peut venir cette uniformité dans tous les ouvrages desanimaux ? pourquoi chaque espèce 11e fait-elle jamais que lamême chose , de la même façon ? et pourquoi chaque individune la fait-il ni mieux ni plus mal qu’un autre individu? Y a-t-ilde plus forte preuve que leurs opérations ne sont que des résul-tats mécaniques et purement matériels? car s’ils a voient la moindreétincelle de la lumière qui nous éclaire , on trouverait au moinsde la variété, si l’on 11e voyoit pas de la perfection dans leursouvrages : chaque individu de la même espèce ferait quelquechose d’un peu différent de ce quaurait fait un autre individu.Mais non , tous travaillent sur le même modèle ; l’ordre de leursactions est tracé dans l’espèce entière, il n’appartient point à l’in-dividu ; et si l’on vouloit attribuer une âme aux animaux, onseroiL obligé à n’en faire qu’une pour chaque espèce , à laquellechaque individu participerait également. Cette âme serait doncnécessairement divisible ; par conséquent elle serait matérielle etfort différente de la nôtre.
Car pourquoi mettons-nous au contraire tant de diversité etde variété dans nos productions et dans nos ouvrages ? pourquoilimitation servile nous coûte-t-elle plus qu’un nouveau dessin ?c'est parce que notre aine est à nous , qu’elle est indépendante decelle d’un autre , que nous n’avons rien de commun avec notreespèce que la matière de notre corps, et que ce n’est en effet queparles dernières de nos facultés que nous ressemblons aux animaux.
Si les sensations intérieures appartenoieiit à la matière et dé-pendoient des organes corporels, ne verrions-nous pas parmiles animaux de même espèce, comme parmi les hommes, desdifférences marquées dans leurs ouvrages ? ceux qui seraient lemieux organisés ne feroient-ils pas leurs nids , leurs cellulesou leurs coques, d’une manière plus solide, plus élégante, pluscommode ? et si quelqu’un avoit plus de génie qu’un autre ,pourrait-il ne le pas manifester de celte façon? Or tout cela u ar-rive pas et n’esl jamais arrivé ; le plus ou le moins de peifeclion