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intermédiaires ; et si, en approchant plus près de huit ou en éloi-gnant au-delà de vingt pouces, elle ne peut lire avec facilité cemême caractère, dans ce cas les limites delà vue distincte de cettepersonne seront huit et vingt pouces, et l’intervalle de douzepouces sera l’étendue de la vue distincte. Quand on passe ces li-mites, soit au-dessus, soit au-dessous, il se forme une pénombrequi rend les caractères confus et quelquefois vacillans. Mais, avecdes yeux de force inégale, ces limites de la vue distincte sont fortresserrées : car supposons que l’un des yeux soit de moitié plusfoible que l’autre, c’est-à-dire que, quand avec un œil on voitdistinctement depuis huit jusqu a vingt pouces, on ne puisse voiravec l’autre que depuis quatre pouces jusqu’à dix ; alors la visionopérée par les deux yeux sera distincte et confuse depuis dix jus-qu’à vingt, et depuis huit jusqu’à quatre, en sorte qu’il ne res-tera qu’un intervalle de deux pouces , savoir, depuis huit jusqu’àdix, où la vision pourra se faire distinctement, parce que, danstous les autres intervalles, la netteté de l'image de l’objet vu parle bon œil est ternie par la confusion de l’image du même objetvu par le mauvais œil : or, cet intervalle de deux pouces de vuedistincte en se servant des deux yeux n’est que la sixième partiede l’intervalle de douze pouces , qui est l’intervalle de la vue dis-tincte en ne se servant que du bon œil ; donc il y a un avantagede cinq contre un à se servir du bon œil seul, et par conséquentà écarter l’autre.
On doit considérer les objets qui frappent nos yeux, commeplacés indifféremment et au hasard, à toutes les distances diffé-rentes auxquelles nous pouvons les apercevoir : dans ces distancesdifférentes, il faut distinguer celles où ces mêmes objets se peignentdistinctement à nos yeux, et celles où nous ne les voyons que con-fusément. Toutes les fois que nous n’apercevons que confusémentles objets, les yeux font effort pour les voir d’une manière plusdistincte; et quand les distances ne sont pas de beaucoup trop pe-tites ou trop grandes, cet effort ne se fait pas vainement. Mais, enne faisant attention ici qu’aux distances auxquelles on aperçoitdistinctement les objets, on sent aisément que plus il y a de ce*points de distance, plus aussi la puissance des yeux, par rapportaux objets , est étendue, et qu’au contraire plus ces intervalles devue distincte sont petits, et plus la puissance de voir nettementest bornée : et lorsqu’il y aura quelque cause qui rendra ces in-tervalles plus petits, les yeux feront effort pour les étendre; caril est naturel de penser que les yeux, comme toutes les autresparties d’un corps organisé, emploient tous les ressorts de leur
Jiujfon. 5 , 11