»7® HISTOIRE NATURELLE
qui cependant sont renversés sur la rétine : toutes les fois que lesdeux images tombent sur les points correspondans des deuxrétines, sur lesquels elles ont coutume de tomber, nous jugeonsles objets simples; mais, dès que l’une ou l’autre des images tombesur un autre point, nous les jugeons doubles. Un homme qui adans les yeux la fausse direction ou le faux trait dont nous ve-nons de parlera du voir les objets doubles d’abord , et ensuitepar habitude il les a jugés simples, tout de même que nous ju-geons les objets simples, quoique nous les voyions en effet tousdoubles. Ceci est confirmé par une observation de M. Folkes,rapportée dans les notes de M. Smith : il assure qu’un hommeétant devenu louche par un coup violent à la tête, vit les objetsdoubles pendant quelque temps, mais qu’enfin il étoit parvenuà les voir simples comme auparavant, quoiqu’il se servît de sesdeux yeux à la fois. M. Folkes ne dit pas si cet homme étoit en-tièrement louche : il est à croire qu’il ne l’étoit que légèrement,sans quoi il n’auroit pas pu se servir de ses deux yeux pour re-garder le même objet. J’ai fait moi-même une observation à peuprès pareille sur une dame qui, à la suite d’une maladie accom-pagnée de grands maux de tète, a vu les objets doubles pendantprés de quatre mois; et cependant elle ne paroissoit pas êtrelouche, sinon dans des instans; car comme cette double sensa-tion l’incoinmodoit beaucoup, elle étoit venue au point d’êtrelouche tantôt d’un œil et tantôt de l’antre, afin de voir les objetssimples : mais peu à peu ses yeux se sont fortifiés avec sa santé,et actuellement elle voit le3 objets simples, et ses yeux sont par-faitement droits.
Parmi le grand nombre de personnes louches que j’ai exami-nées, j’en ai trouvé plusieurs dont le mauvais oeil, au lieu de setourner du côté du nez, comme cela arrive le plus ordinairement,se tourne au contraire du côté des tempes. J’ai observé que ces lou-ches n’ont pas les yeux aussi inégaux en force que les louchesdont l’œil est tourné vers le nez : cela m’a fait penser que c’estlà le cas de la mauvaise habitude prise au berceau, dont parlentles médecins; et en effet on conçoit aisément que si le berceauest tourné de façon qu’il présente le côté au grand jour des fenê-tres , l’œil de l’enfant, qui sein du côté de ce grand jour, tourneradu côté des tempes pour se diriger vers La lumière, au lieu qu’ilest assez difficile d’imaginer Comment il pourrait se faire que l’œilse tournât du côté du nez, à moins qu’on ne dît que c'est pouréviter cette trop grande lumière. Quoi qu’il en soit, on peut tou-jours remédier à ce défaut dès que les yeux ne sont pas de force-