HISTOIRE NATURELLE
M. de Brosse , premier président du parlement de Bourgogne ,paroit être du sentiment de ceux qui croient à l’existence desgéans Palagons.; et il prétend, avec quelque fondement, que ceuxqui sont pour la négative n’ont pas vu les mêmes hommes nidans les mêmes endroits.
« Observons d’abord, dit-il, que la plupart de ceux qui tien-nent pour l’allirmative parlent des peuples Patagons, habi-tans des côtes de l’Amérique méridionale à l’est à et l’ouest, etqu’au contraire la plupart de ceux qui soutiennent la négativeparlent des liabilans du détroit à la pointe de l'Amérique sur lescôtes du nord et du sud. Les nations de l’un et de l’autre cantonne sont pas les mêmes, Si les premiers ont été vus quelquefoisdans le détroit , cela n’a rien d’extraordinaire à un si médiocreéloignement du port Saint-Julien, où il paroi t qu’est leur habi-tation ordinaire. L’équipage de Magellan les y a vus plusieursfois , a commercé avec eux, tant à bord des navires que dansleurs propres cabanes. »
M. de Brosse fait ensuite mention des voyageurs qui disentavoir vu ces géans Patagons : il nomme Loise, Sarmiente , Nodal,parmi les Espagnols; Cavendish, Hawkins, Knivet, parmi lesAnglais : Sebakl de Noort, le Maire, Spilberg, parmi les Hollan-dais; nos équipages des vaisseaux de Marseille et de Saint-Malo ,parmi les Français . Il cite, comme nous venons de le dire, destombeaux qui renfermoient des squelettes de dix à onze piedsde haut.
« Ceci, dit-il avec raison , est un examen fait de sang-froid,où l’épouvante n’a pu grossir les objets... Cependant Narbrugh.. ..nie formellement que leur taille soit gigantesque.Son témoi-
gnage est précis à cet égard, ainsi que celui de Jacques l'Hermile,sur les naturels de la Terre-de-Feu, qu’il dit être puissans, bienproportionnés, à peu près de la même grandeur que les Euro-ropéens. Enfin, parmi ceux queM. de Gennes vit au port de Fa mine , aucun n’avoit six pieds de haut.
En voyant tous ces témoignages pour et contre, on ne peutguère se défendre de croire que tous ont dit vrai; c’est-à-dire, quechacun a rappo rté les choses telles qu’il les a vues ; d’où il fautconclure que l’existence de cette espèce d’hommes particulière estun fait réel, et que ce n’est pas assez, pour les traiter d’apocry-phes, qu’une partie des marins n’ait pas aperçu ce que les autres