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Tome cinquième.
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ESSAI D'ARITHMETIQUE MORALE. 3 7 3

cher de donner quelques règles pour eslimer les rapports de vrai-semblance, les degrés de probabilité, le poids des témoignages,l'in fluence des hasards, l'inconvénient des risques, et juger enmême temps de la valeur réelle de nos craintes et de nos espérances.

II. Il y a des vérités de dilférens genres, des certitudes de dif-férons ordres, des probabilités de différons degrés. Les véritésqui sont purement intellectuelles, comme celles de la géométrie,se réduisent toutes à des vérités de définition : il ne s'agit pourrésoudre le problème le plus difficile que de le bien entendre ; et iln y a dans le calcul et dans les autres sciences purement spécula-tives dautres difficultés que celles de démêler ce quenousyavonsmis, et de délier les noeuds que lesprit humain sest fait un eétude de nouer et serrer daprès les définitions et les siqipositionsqui servent de fondement et de trame à e s sciences. Toutes leurspropositions peuvent toujours être démontrées évffi. ,. ment, parcequon peut toujours remonter de chacune de ces propositions àdautres propositions antécédentes qui leur sont identiques, et decelles-ci à dautres, jusquaux définitions. Cest par cette raisonque lévidence proprement dite appartient aux sciences mathé-matiques et nappartient quà elles; car on doit distinguer l'évi-dence du raisonnement, de lévidence qui nous vient par les sens,cest-à-dire, lévidence intellectuelle de lintuition corporelle: celle-ci nest quune appréhension nette d'objets ou dimages ; lautreestime comparaison didées semblables ou identiques, ou plutôtcest la perception immédiate de leur identité.

III. Dans les sciences physiques, lévidence est remplacéepar la certitude : lévidence nest pas susceptible de mesure,parce quelle na quune seule propriété absolue, qui est lanégation nette ou l'affirmation de la chose qu elle démontre ;mais la certitude, n'étant jamais dun positif absolu, a des rapportsque I on doit comparer et dont on peut estimer la mesure. Lacertitude physique, cest-à-dire, la certitude de toutes la plus cer-taine, nest néanmoins que la probabilité presque infinie, quunefiet, un événement qui na jamais manqué darriver, arriveraencore une fois: par exemple, puisque le soleil sest toujours levé,il est dès-lors physiquement certain quil se lèvera demain. Uneraison pour être, cest davoir été : mais une raison pour cesserdetre, cest davoir commencé dêtre; et par conséquent lon nepeut pas dire quil soit également certain que le soleil se lèveratoujours, à moins de lui supposer une éternité antécédente , égaleà la perpétuité subséquente; autrement il finira puisquil a com-mencé : car nous ne devons juger de l'avenir que par la vue du.