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Tome cinquième.
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ESSAI DARITHMÉTIQUE MORALE. 38 7que je viens de présenter; maintenant la réponse est aisée : onest plus sensible à la perte quau gain, parce quen effet, en lessupposant numériquement égaux, la perte est néanmoins tou-jours et nécessairement plus grande que le gain ; le sentiment nesten général quun raisonnement implicite moins clair, mais sou-vent plus fin et toujours plus sur que le produit direct de la rai-son. On sentoit bien que le gain ne nous faisoit pas autant de plai-sir que la perte nous causoit de peine ; ce sentiment nest que lerésultat implicite du raisonnement que je viens de présenter.

AIV. Largent ne doit pas être estimé par sa quantité numé-rique : si le métal, qui nest que le signe des richesses, étoit larichesse même, cest-à-dire, si le bonheur ou les avantages quirésultent de la richesse étoient proportionnels à la quantité delargent, les hommes auroicnt raison de l'estimer numérique-ment et par sa quantité; mais il sen faut bien que les avantagesquon tire de largent soient en juste proportion avec sa quan-tité : un homme riche à cent mille écus de lente nest pas dixfois plus heureux que lhomme qui na que dix mille écus ; il ya plus, cest que largent, dès quon passe de certaines bornes, napresque plus de valeur réelle, et ne peut augmenter le bien decelui qui le possède; un homme qui découvrirait une montagnedor ne serait pas plus riche que celui qui nen trouverait quunetoise cube.

Largent a deux valeurs, toutes deux arbitraires, toutes deuxde convention, dont l'une est la mesure des avantages du j^ar-ticulier, et dont lautre fait le tarif du bien de la société : la pre-mière de ces valeurs na jamais été estimée que dune manièrefort vague; la seconde est susceptible dune estimation juste par-la comparaison de la quantité dargent avec le produit de la terreet du travail des hommes.

Pour parvenir à donner quelques règles précises sur la valeurde largent, jexaminerai des cas particuliers dont lesprit saisitaisément les combinaisons, et qui, comme des exemples, nousconduiront par induction à lestimation générale de la valeur delargent pour le pauvre, pour le riche, et même pour lhommeplus ou moins sage.

Pour lhomme qui, dans son état, quel quil soit, na que lenécessaire, largent est dune valeur infinie; pour lhomme qui,dans son état, abonde en superflu, largent na presque plus devaleur. Mais quest-ce que le nécessaire ? quest-ce que le superflu?Jentends par le nécessaire la dépense quon est obligé de faireaour vivre comme lon a toujours vécu : avec ce nécessaire, ou