5 34 HISTOIRE NATURELLE
suivant le même M. Barringlon, par ses tons moelleux et flûtes,et par la durée lion interrompue de sou ramage, qu’il soutientquelquefois pendant vingt secondes. Le même observateur acompté dans ce rainage seize reprises différentes, bien détermi-nées par leurs premières et dernières notes, et dont l'oiseau saitvarier avec goût les notes intermédiaires Enfin il s’est assuré quela sphère que remplit la voix d’un rossignol n'a pa& moins d'unmille de diamètre, surtout lorsque l’air est calme; ce qui égale aumoins la portée de la voix humaine.
11 est étonnant qu’un si petit oiseau, qui ne pèse jias une dcmi-once, ait tant de force dans les organes delà voix : aussilM Huniera-t-il observé que les muscles du larynx, ou, si l’on veut, dugosier, é(oient plus forts à proportion dans celle espece que danstoute autre, et même plus forts dans le mâle qui chante, que dansla femelle qui ne chante point.
Aristote , et Pline d’après lui, disent que le chaut du rossignoldure dans toute sa force quinze jours et quinze nuits sans inter-ruption , dans le temps où les arbres se couvrent de verdure; cequi doit ne s'entendre que des rossignols sauvages , et n’èlre paspris à la rigueur, car ces oiseaux ne sont pas inuels avant ni aprèsiépoque fixée par Aristote : à la vérité, iis ne chantent pas alorsavec autant d’ardeur ni aussi constamment. Ils commencent d’or-dinaire au mois d’avril, et ne finissent tout-à-fait qu'au mois dejuin, vers le solstice; mais la véritable époque où leur chant di-minue beaucoup, c'est celle où leurs petits viennent à éclore,parce qu’ils s'occupent alors du soin de les nourrir, et que, dans1 ordre des instincts , la Nature a donné la prépondérance à ceuxqui tendent à la conservation des espèces. Les rossignols captifscontinuent de chanter pendant neuf ou dix mois, et leur chantest non-seulement plus long temps soutenu, mais encore plusparfait et mieux formé : de là Al. Barringlon lire celte conséquence,que dans cette espèce, ainsi que dans bien d’autres, le mâle nechante pas pour amuser sa femelle , ni pour charmer ses ennuisdurant Finciibalion;conséquence juste et de toute vérité. En effet,la femelle qui couve remplit cette fonction par un instinct, ouplutôt par une passion plus forte en elle que la passion même del’amour : elle y trouve des jouissances intérieures dont nous nepouvons bien juger, mais qu’elle paroit sentir vivement, et quine permettent pas de supposer que dans ces moniens elle ait be-soin de consolation Or, puisque ce n’est ni par devoir ni parvertu que la femelle couve, ce n’est point non plus par procédé