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DE L’IBIS.
les premiers motifs. Comment l'homme en effet a-t-il pu s’abaisserjusqu’à l'adoration des bêtes? Y a-t-il une preuve plus évidentede notre état de misère dans ces premiers âges où les espècesnuisibles, trop puissantes et trop nombreuses, entouroient l'hom-me solitaire, isolé , dénué d’armes et dos arts nécessaires à l’exer-cice de ses forces ? Ces mêmes animaux , devenus depuis sesesclaves, étoienl alors ses maîtres, ou du moins des rivaux rsckui- ,tables ; la crainte et l’intérêt firent donc naître (V' îS sentimensabjects et des pensées absurdes, et bientôt la supei^blion, recueil-lant les unes et les autres, fit également des dieuVt de tout êtreutile ou nuisible. V
L’Egypte est l’une des contrées où ce culte des animaux s’estétabli le plus anciennement, et s’est conservé , observé le jîivs -scrupuleusement pendant un grand nombre de siècles ; et cerespect religieux, qui nous est attesté par tous les monumens ,semble nous indiquer que, dans cette contrée, les hommes ontlutté très-long-teinps contre les espèces malfaisantes.
En effet, les crocodiles, les serpens , les sauterelles et tous lesautres animaux immondes , renaissoient à chaque instant, etpulluloient sans nombre sur le vaste limon d’une terre basse,profondément humide et périodiquement abreuvée par les épan-chemens du fleuve; et ce limon fangeux , fermentant sous lesardeurs du tropique, dut soutenir long - temps et multiplier àl’infini toutes ces générations impures, informes, qui n’ont cédéla terre à des habitans plus nobles que quand elle s’est épurée.
Des essaims de petits serpens venimeux , nous disent les pre-miers historiens , et sortis de la vase échauffée des marécages , etvolant en grandes troupes , eussent causé la ruine de l’Egypte ,si les ibis ne fussent venus à leur rencontre pour les combattreet les détruire. N’y a-t-il pas toute apparence que ce service,aussi grand qu’inattendu, fut le fondement de la superstition,qui supposa dans ces oiseaux tutélaires quelque chose de divin 7Les prêtres accréditèrent celte opinion du peuple ; ils assurèrentque les dieux , s’ils daignoient se manifester sous une forme sen-sible, prendroient la figure de l’ibis. Déjà, dans la grande mêlâ-
tes tangues de l'Europe , comme inconnu a ces climats. Selon Albert, il se nom-moit en égyptien ielieras. On trouve dans Avicenne le mot anschuz pour signi-lier Vibis ; mais saint Jérome traduit mat janschuph par ibis , puisqu il s’agit lad’un oiseau de nuit. Quelques interprètes rendent par ibis le mot liébrcu tins-shetnet.