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l’on s’arrêtait. Ce terrain produisaitalors des plantes et des arbres, etmême offrait un pâturage aux chevauxdes voyageurs. Depuis cette époque,il 11’est plus susceptible de culture. Laroute s’avance parmi des masses in-formes vers un endroit situé à la basedu cône, et n’est, pour ainsi dire,qu’un canal formé par deux courans delave, des éruptions de 1821 et 1822. Agauche se trouvent deux petits cônes,les seuls qui soient restés de six formésen 1820 : l’un des deux s’appelle leCône de Gautrej , nom qui lui a étélégué par un malheureux Français , quis’y précipita volontairement le 16 jan-vier 1821, et dont le Vésuve rejeta lecorps quarante-huit heures après.
Nous mîmes pied à terre pour esca-lader la montagne. Le duc proposa à laduchesse de rester au pied , ne voulantpas qu’elle se donnât celte fatigue; mais,courageuse autant que nous, elle s’yrefusa. S’armant d’un bâton, et se cram-ponnant à une courroie passée en cein-ture autour du corps de son cicerone,elle se mit à gravir la moDtagne.
Le terrain fuyait sous nos pas, etsemblait nous repousser loin d’un sé-jour ennemi de tout ce qui a vie. Icila nature ne semble plus en relationavec l'homme. Nous approchâmes dulieu où la lave coulait; elle était d’unecouleur sombre; la nuit elle est rouge,elle roule lentement; on entend, quandelle approche, un petit bruit d’étincel-les qui fait peur ; il est léger , on diraitque la ruse se joint à la force , elle ar-rive ainsi que.le tigre, à pas comptés,avance sans jamais, se bâter et sansperdre un instant ; si elle rencontre unmur élevé, un édifice qui s’oppose àson passage, elle s’arrête, elle amon-celé devant l’obstacle ses torrens noirset bitumineux, et l’ensevelit enfin sousses masses brûlantes. Sa marche n’est
point assez rapide pour que les hommesne puissent fuir devant elle; mais elleatteint, comme le temps, les impru-dens qui , la voyant venir lourdementet silencieusement, s’imaginent qu’ilest facile de lui échapper. Le vent sefait voir, par des tourbillons de flam-mes , dans le gouffre d’où sort la lave ;l’on sent que des fureurs étranges fonttrembler la terre sous les pas. Les ro-chers autour de la source de la lavesont couverts de soufre et de bitume,dont les couleurs cuivrées et verdâtresleur donnent un aspect si bigarré,qu’on pourrait les nommer la mosaïquede l’enfer.
Tout ce qui çntoure le volcan rap-pelle le lieu et les descriptions despoëtes. C’est laque l’on conçoit com-ment les hommes ont cru à l’existenced’un génie malfaisant qui contrariaitles desseins de la Providence. On a dûse demander, en contemplant un telséjour, si la bonté seule présidait auxphénomènes de la création , ou bien siquelque principe caché forçait la na-ture comme l’homme à la férocité. Unsilence profond règne en ce lieu pen-dant les courts intervalles où l’on n’en-tend point les gémissemens de l’atelierinfernal ; on n’y voit ni animal, ni in-secte (1), ni plante ; un faible bruit dela ville arrive à peine à votre oreille,et cause une douce émotion. La mon-tagne de Somma qui, vue de Naples ,paraît aussi haute que le Vésuve , nesemble plus qu’une circonvallation au-tour de cette pyramide. Rien ne peutoffrir un aspect plus sévère et plus ter-rible que la vallée qui les sépare , etc’est tout ce que l’imagination peut en-
(1) M. Audot a cependant recueilli, au milieumême du cratère, la coccinelle , ou bête-à-bon-dieu.Il est difficile d’expliquer comment cet insectese trouvait à une aussi grande distance de toutvégétal et à une hauteur de 3 ,600 pieds.