Buch 
[2] (1835) Royaume de Naples, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] : Sicile et Malte, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] / par C.-D. de la Chavanne, D.-D. Farjasse et P****
Entstehung
Seite
55
JPEG-Download
 

VESUVE . 55

fanler de plus gigantesquement af-freux.

A mi-côte est une espèce de cornichequi paraît ceindre la montagne dans sonpourtour; nous nous y arrêtâmes pourreprendre haleine. Nous étions haras-sés, leau ruisselait de nos fronts. Voyez,nous dit la duchesse, le plus beaupaysage quil soit possible de voir ; eneffet, à lorient, le promontoire de Sor-rento, les îles de Gapri, Ischia , Proci-da, et puis une longue ligne de la merazurée ! au midi, le cap Misène , Pouz-zoles , la côte de Pausilippe avec sescollines qui savancent. Leur sommetcouvert de bouquets de bois, déglises,de villas !_Le bleu foncé de latmo-

sphère nétait altéré par quelques lé-gers nuages dune éclatante blancheur,que lout-à-fait à la ligne de lhorizon.Portici , les deux Torre, et enfin lesCamaldules , venaient terminer ce ta-bleau par un parterre de fleurs. Jétaisravi , et je naurais pas pensé à quitterde sitôt la place , si la voix du duc nemeût réveillé de mon extase : il nousfit remarquer quun plus long séjourdans cet endroit pourrait nous devenirfuneste , à cause de lair presque froidqui nous frappait.

Plus nous approchions du sommet,plus le terrain séchauffait. Nous nepouvions gratter dans celte cendre , àlépaisseur dun pouce, que le sol nedevînt dune chaleur insupportable, ilen sortait une fumée très-apparente.Si nous frappions la terre , elle reten-tissait. Il marriva même de jeter unepierre un peu forte sur le sol, je causaiun ébranlement sensible à environquarante pieds à la ronde. Cétait unbruit pareil à celui que lon ferait enfrappant une voûte; cet effet cessa denous surprendre lorsque, à quelquespas de, nous vîmes que nous étionssur la voussure dun gouffre dun mille

de tour, et dune centaine de pieds deprofondeur, nous crûmes ne pouvoirrester sans danger, quoique la pré-sence dune dame que nous y trouvâ-mes eût pu nous rassurer; elle sepromenait en caleçon sur le bord delenfer, et paraissait aussi tranquilleque dans son cabinet détude ; dèsquelle nous aperçut elle laissa bienvite retomber sa robe , mais nen con-tinua pas moins sa périlleuse explora-tion. Son mari recueillait ses notes ,qui devaient être fort originales, pourpeu quelles fussent en harmonie avecle costume de lauteur.

Nos guides nous firent rebrousserchemin , et nous nous dirigeâmes duncôté qui semblait nous offrir plus desécurité. Tantôt nous enfoncions dansla cendre jusquaux genoux, tantôt unechute occasionée par des pierres rou-lantes nous rejetait à dix pas. Nousentourions de nos soins la femmecourageuse qui navait pas craint desassocier à notre péril, car il y en avaitun réel. Léruption était apaisée engrande partie, mais elle pouvait reve-nir plus intense, un gouffre pouvaitaussi, souvrant sur le chemin que nousavions à parcourir, opposer un obstacleinvincible à notre retraite : nous rece-vions de temps en temps une petitegrêle de pierres-ponces ; malgré celanous parvînmes au sommet, et len-thousiasme fut général.

Du cratère (pl. 4 °) sortait une fu-mée continuelle qui, prenant la formedun nuage, couvrait lendroitoû nousétions , et parfois nous cachait les unsaux autres. Poussé et dilaté par levent de nord-est, le nuage sétendaiten larges bandes jusque sur Capri . Parintervallecette fumée séchappait noire,mêlée de feu , et ses jets sélevaient ensélargissant pendant quelques secon-des, puis ils disparaissaient pour se re-