fanler de plus gigantesquement af-freux.
A mi-côte est une espèce de cornichequi paraît ceindre la montagne dans sonpourtour; nous nous y arrêtâmes pourreprendre haleine. Nous étions haras-sés, l’eau ruisselait de nos fronts. Voyez,nous dit la duchesse, le plus beaupaysage qu’il soit possible de voir ; eneffet, à l’orient, le promontoire de Sor-rento, les îles de Gapri, Ischia , Proci-da, et puis une longue ligne de la merazurée ! au midi, le cap Misène , Pouz-zoles , la côte de Pausilippe avec sescollines qui s’avancent. Leur sommetcouvert de bouquets de bois, d’églises,de villas !_Le bleu foncé de l’atmo-
sphère n’était altéré par quelques lé-gers nuages d’une éclatante blancheur,que lout-à-fait à la ligne de l’horizon.Portici , les deux Torre, et enfin lesCamaldules , venaient terminer ce ta-bleau par un parterre de fleurs. J’étaisravi , et je n’aurais pas pensé à quitterde sitôt la place , si la voix du duc nem’eût réveillé de mon extase : il nousfit remarquer qu’un plus long séjourdans cet endroit pourrait nous devenirfuneste , à cause de l’air presque froidqui nous frappait.
Plus nous approchions du sommet,plus le terrain s’échauffait. Nous nepouvions gratter dans celte cendre , àl’épaisseur d’un pouce, que le sol nedevînt d’une chaleur insupportable, ilen sortait une fumée très-apparente.Si nous frappions la terre , elle reten-tissait. Il m’arriva même de jeter unepierre un peu forte sur le sol, je causaiun ébranlement sensible à environquarante pieds à la ronde. C’était unbruit pareil à celui que l’on ferait enfrappant une voûte; cet effet cessa denous surprendre lorsque, à quelquespas de là, nous vîmes que nous étionssur la voussure d’un gouffre d’un mille
de tour, et d’une centaine de pieds deprofondeur, nous crûmes ne pouvoirrester là sans danger, quoique la pré-sence d’une dame que nous y trouvâ-mes eût pu nous rassurer; elle sepromenait en caleçon sur le bord del’enfer, et paraissait aussi tranquilleque dans son cabinet d’étude ; dèsquelle nous aperçut elle laissa bienvite retomber sa robe , mais n’en con-tinua pas moins sa périlleuse explora-tion. Son mari recueillait ses notes ,qui devaient être fort originales, pourpeu qu’elles fussent en harmonie avecle costume de l’auteur.
Nos guides nous firent rebrousserchemin , et nous nous dirigeâmes d’uncôté qui semblait nous offrir plus desécurité. Tantôt nous enfoncions dansla cendre jusqu’aux genoux, tantôt unechute occasionée par des pierres rou-lantes nous rejetait à dix pas. Nousentourions de nos soins la femmecourageuse qui n’avait pas craint des’associer à notre péril, car il y en avaitun réel. L’éruption était apaisée engrande partie, mais elle pouvait reve-nir plus intense, un gouffre pouvaitaussi, s’ouvrant sur le chemin que nousavions à parcourir, opposer un obstacleinvincible à notre retraite : nous rece-vions de temps en temps une petitegrêle de pierres-ponces ; malgré celanous parvînmes au sommet, et l’en-thousiasme fut général.
Du cratère (pl. 4 °) sortait une fu-mée continuelle qui, prenant la formed’un nuage, couvrait l’endroitoû nousétions , et parfois nous cachait les unsaux autres. Poussé et dilaté par levent de nord-est, le nuage s’étendaiten larges bandes jusque sur Capri . Parintervallecette fumée s’échappait noire,mêlée de feu , et ses jets s’élevaient ens’élargissant pendant quelques secon-des, puis ils disparaissaient pour se re-