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Il pleut ce malin , la pluie tombe àlarges gouttes, des éclairs sillonnentles cieux et un bruit effrayant retentitimplacable, incessant ; ilfautprofiterdecette journée pour mettre en ordre mesobservations. Ce pays, célèbre pour lapureté de son ciel, est peut-être celuide l’Europe où la terre reçoit le plusd’eau pluviale. Il est vrai que cela n’alieu que dans une saison, et que desjournées comme celles-ci sont rares enété; ici,et dans les environs, jamais debrouillards, de ciel couvert; des moisde soleil ou des mois de pluie, maispluie du tropique ; l’eau ne venant ja-mais que par grands orages, accompa-gnés de violons coups de tonnerre, quela raréfaction de l’air, et surtout la ré-percussion des montagnes, rendent en-core plus terribles par leur retentisse-ment prolongé. Lorsque le ciel ouvreses cataractes, on se croit menacéd’un second déluge universel; à Paris cette eau-là mettrait deux mois àtomber, ici c’est l’affaire de quelquesheures. Après , la longue série debeaux jours recommence, et il en ré-sulte qu’aucune construction n’est faitepour le mauvais temps, et qu’on nevoit que des voitures découvertes, carle Napolitain, accoutumé à son beausoleil, se renferme soigneusement danssa maison les jours d’orage ; ces grandesondées sont pourtant un bien pour laville, qu’elles nettoient, et c’est sansdoute sur quoi l’on compte, car jamaisle balai ne s’y promène ! Il y a cepen-dant un officier du port, appel éPo/tw-lano, chargé de la police et du net-toyage des rues, charge dont il s’acquit-
te fort mal, car elles sont très-sales ;malgré ce manque de propre té, le climatest si beau, qu’il n’y a jamais d’épidé-mies. Les montagnes qui environnentla ville, et sur le versant desquelles sontbâties des rues en pentes, font que leseaux roulant en avalanche dans sa partiebasse, entraînent tout ce qu’elles ren-contrent sur leur passage ; il en estquelquefois résulté desaccidensgraves.
On m’a conté qu’un officier, à la têtede sa compagnie, fut entraîné dans l’é-gout qui se trouve vis-à-vis l’immenseédifice appelé le Serciglio ; mais ce quidépasse toute croyance, c’est l’accidentaffreux arrivé en plein midi à une Fran-çaise, madame Comte ; elle était danssa voiture et revenait de Capoue lors-qu’elle fut surprise par un orage épou-vantable Parvenue à la descente deCapo di Chino, la roule est coupéepar une rue qui va à la mer, et qui, lesjours de grandes pluies, devient une es-pèce de torrent, à cause des eaux qui s’vprécipitent des montagnes de Capo diMonte et de Capo di Chino; son co-cher s’effraie, et veut rétrograder; ellelui ordonne de passer outre ; alors celui-ci descend de son siège et abandonneles guides à madame Comte, qui, plustéméraire, veut braver le" danger; envain des cris et des gestes partent detoutes les croisées, elle n’écoute queson fatal destin, et dirige sa voiture aumilieu du torrent où elle périt, sansqu’on put lui donner lemoindre secours.L’eau avait entraîné et chevaux et voi-ture , et ce ne fut que le lendemainque l’on retrouva son cadavre.
* Les Napolitains, qui parlent toujours