s’égare, son esprit paraît aliéné. 1 !] cou-rut un bruit absurde : qu’on lui avaitfait respirer le parfum de fleurs em-poisonnées ; que sa tête en restait alïai-blie. Il est bien plus naturel de penserque les fatigues d’esprit auxquelles cetbomme n’était accoutumé ni par étatni par goût, jointes à l’excessive cha-leur de la saison; que peut-être aussiles terreurs qui suivent toujours les ex-cès du pouvoir, furent les causes decelte démence aussi soudaine que fu-neste. Après les riches fermiers, ilpoursuivit les nobles , et même les plé-béiens. Sur la plus simple délation,!prononçait une sentence de mort.
Lorsqu’un chef de parti attaque sonparti même, il n’est pas loin de sachute. Les principaux citoyens qui,dans cette révolution, marchaient sousses bannières et combattaient pour saquerelle , menacés d’être égorgés par letribun devenu un véritable tyran, sen-tirent la nécessité d’en délivrer promp-tement la patrie. Masaniello s’aperçutdu déclin de la faveur publique. Envain il voulut ranimer dans les âmescette exaltation à laquelle il avait dûl’autoriLé dont il jouissait ; ses discoursfrénétiques parurent ce qu’ils étaienten efiet, insensés. Un jour, qu’affligéautant que surpris du peu de succèsqu'avait eu une de ses déclamationsordinaires , qu’il avait prononcée dansla chaire même de l’église d’un cou-vent, il errait dans l’intérieur de cemonastère, livré à la plus sombre mé-lancolie, il fut appelé par quelqueshommes apostés, qui feignirent d’a-voir à lui parler des intérêts du peu-ple ; il s’avança vers eux avec confiance;mais aussitôt ils l’étendirent à leurspieds de plusieurs coups de fusil. Enexpirant, le malheureux n’eut que letemps de proférer ces mots : « Ab ! lesingrats ! ali ! les traîtres ! »
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Ainsi périt un homme qui, malgrésa grossière ignorance, n’eut pas moinsde pouvoir dansNaples queThrasybulen’en eut à Athènes , lorsqu’il en chassales trente tyrans, et que les Gracques ,à Rome , lorsqu’ils demandèrent au sé-nat l’établissement de la loi agraire.Grand bomme peut-être, si avec laprobité et le désintéressement dont ildonna de constantes preuves, il eûtmontré plus d’humanité et de jus-tice (1).
On devait croire que l’émeute allaitcesser par la mort de Masaniello. Lesinsurgés, fatigués de la tyrannie duchef qu’ils s’étaient donné, avaient vu,avec une espèce de joie, sa tête clouéeà un poteau. Mais le vice-roi et sespartisans, trop fiers d’une victoire qu’ilsdevaient plutôt à la fortune qu’à leurcourage, se comportèrent en vainqueursinsolens. Des nobles ne craignirentpoint de maltraiter des hommes dupeuple; et, de son côLé,le gouverne-ment fit diminuer le poids du pain.Dès-lors le tumulte recommença, maisavec plus de fureur; le corps de Masa-niello fut déterré, et réuni à sa tête,fut exposé à la vénération du peuple :on lui fit des obsèques magnifiques,comme à un général en chef. Bientôtle peuple s’empare de tous les postesqui dominaient le port; le vice-roi, as-siégé de nouveau, est obligé pour laseconde fois de se réfugier dans un deschâteaux forts (le Château-Neuf), etpour la seconde fois encore , il lui fautnégocier, traiter avec le peuple. Mais cetraité fut plus humiliant, plus honteuxque le premier, et pour comble de mal-
(1) Le vénérable achevêque île Tarente ( Mon-seigneur Capecclatro ) possède un manuscrit ano-nyme , qui contient l’histoire de la révolutionopérée dans Naples , par Masaniello. Nous avonsregretté que notre plan ne nous permît pas derépéter tous les détails intéressans qui s’y trou-vent consignés
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