a88
la Sicile , jusqu’au neuvième siècle oùcommença dans son sein la dominationdes Arabes qui devait durer près dequatre cents ans.
Euplième, un des grands de l’île,épris d’une folle passion pour une jeunereligieuse, et ne pouvant l’obtenir paraucun autre moyen, la fit arracher deson asile sacré par des scélérats qu’iltenait à sa solde. Mais à peine est-ilvenu à bout d’accomplir son desseinatroce, que son amour, si l’on peut don-ner ce beau nom à sa rage, fit place àune froideur glaciale, et bientôt audégoût; et il renvoie à sa famille samalheureuse victime, couverte dehonte et de mépris. Les parens decette infortunée , frémissant de ven-geance, demandent à l’exarque de Sicile le juste châtiment d’un tel forfait. Lapuissance du ravisseur étoulïâ leursplaintes. Loin de se rebuter, les diffi-cultés augmentent encore la soif dusang qui les dévore : ils ont re-cours à l’empereur. Michel le Bègueindigné ordonne que le coupable aurale nez coupé. Cependant Euphèmecherche à couvrir ce premier crimepar un second, il s’entoure de satelli-tes attirés par ses richesses , brave lesmenaces de César, et pousse l’audacejusqu’à usurper le nom et la puissanced’Auguste. Effrayé néanmoins des pré-paratifs qui se font à Constantinople pour son châtiment, il joint l’infamieà la rébellion, il traite avec les Sar-rasins , et leur offre son épée etses trésors pour conquérir la Sicile ,qu’ils ont gardée jusqu’au treizièmesiècle.
Il était réservé à quelques gentils-hommes'de Normandie de délivrer cebeau pays du joug humiliant des Ara bes , et d’y fonder une dynastie. C’està Messine que Maniacès appela les glo-rieux fils de Tancrède. C’est là que le
comte Roger commença sa brillante car-rière et jeta les premières bases dutrône normand. On voit souvent cetteville figurer dans l’histoire des croisa-des. Philippe-Auguste et Richard- Cœur-de-Lion se battirent aux piedsdes remparts, qui, plus tard, virentexpirer le cruel Henri dont la mort futpour la Sicile le plus heureux événe-ment de son règne.
Charles d’Anjou choisit Messine pour la première victime de la ven-geance qu’il voulait tirer des vêpressiciliennes. Des forces immenses, as-semblées pour une expédition qu’ilméditait contre la Grèce , furent con-duites sous ses murs, qu’il attaqua parterre et par mer. Battus dans un pre-mier combat, les Messinais offraientdéjà de se rendre à des conditions rai-sonnables, lorsque le meurtrier de Co-radin leur répondit qu’il était venuchâtier des rebelles, et non traiter aveceux ; qu’ils eussent à abandonner huitcents des leurs à sa discrétion , et queles autres attendraient avec soumissionla décision du vainqueur. Les Messi-nais, loin d’ouvrir leurs portes, ne son-gèrent qu’à les défendre. Les femmessecondèrent puissamment les efforts deces braves : on les voyait, chargées dematériaux, se porter aux endroits desremparts que les machines ennemiesavaient renversés. Une chanson dutemps conserve la mémoire de leur hé-roïsme , elle commence ainsi :
Dell com’egli è gran pietateBelle donne di Messina,
Nel vederle iscapegliate,
Portar pietre e calcinai
Dieu! quel spectacle déchirant,
L’œil hagard, les cheveux au vent,
Porter des pierres et du ciment.
Roger del’ Oria fut le libérateur deMessine , Toujours heureux sur mer ,