Buch 
[3] (1836) Venise, Milan, royaume Lombardo-Venitien et états voisins, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] : Piémont, Sardaigne, Simplon, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] / par Hyp. Hostein ; et revue par Alexandre Duchesne. Toscane, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] / par Saint-German Leduc
Entstehung
Seite
4
JPEG-Download
 

LITALIE .

tateurs. Gibbon prétend que la répu-tation littéraire de Pétrarque est en-tièrement due à ses ouvrages latins, etque ses sonnets sont de méprisablesbagatelles. Par un rapprochement assezétrange, il arrivait que vers lannée1600, cest-à-dire deux siècles aprèscelui de Pétrarque , un homme dontla suavité de manières était égalementremarquable, désigné dans les ouvra-ges de ses contemporains par lépithètede doux , Shakspeare enfin , voyaitses drames puissans, retentissaientles dernières traditions du moyen-âge,méprisés par tous, tandis quon ad-mirait ses sonnets. Quels sonnets,grands dieux! de laffectation pure;toutes les pensées y scintillent, tousles motsy étincellent, rien nest exprimésimplement, et cependant il ny avaitpas alors à Londres de femme galante quineût sur sa table Y Adonis et Lucrèce ,de Shakspeare ; et lun des critiquesde lépoque disait que la plume qui avaitécrit Adonis était une plume de mielet de lait. Aujourdhui on a oubliéles sonnets de lauteur anglais et lespoésies latines de Pétrarque , malgréle jugement des contemporains deShakspeare et celui de Gibbon.

Ce critique condamne vivement lasassion de Pétrarque pour Laure; sansdoute elle était criminelle ; mais lors-quil nous représente cette femme,qui est devenue pour nous un type debeauté, comme nayant jamais possédéque dans lesprit de son amant lescharmes merveilleux quil lui reconnaît,parce quelle avait dix enfans et quelleétait âgée de quarante-deux ans , il estfacile de répondre à cette réflexion,qui tend à détruire une de nos doucesillusions. Une femme ne peut-elle êtrefort belle avec une nombreuse progé-niture, et surtout à lâge de vingt-deuxans, époque à laquelle Pétrarque com-

mença à avoir de lamour pour Laure,Beccadelli, biographe du poëte et soncontemporain, est bien loin de par-tager lopinion de Gibbon; il approuvelamour adultère de Pétrarque , il dé-clare que ce sentiment est innoncenten lui-même, et de plus, utile dans sesrésultats, puisquil a été létincellesacrée qui a embrasé Pétrarque du feude la poésie, ce qui fut un sujet deglorification pour sa patrie. Or, notezbien, je vous prie, que Beccadelli,homme dune moralité dailleurs par-faitement reconnue, était un arche-vêque !

Malgré de si graves autorités, la-mour réel ou métaphysique de Pé-trarque pour Laure est peut-êtreune des questions historiques les pluscontroversées et les plus obscurcies.M. le professeur Marsand, de Padoue ,éditeur de la meilleure édition de Pé-trarque (créateur dune curieuse bi-bliothèque de neuf cents volumes surcet homme célèbre, passée, en i83o,à la bibliothèque particulière du roi),M. Marsand, dis-je, qui depuis vingtans a fait de la vie de Pétrarque sonétude constante, est revenu au systèmedu célibat de Laure. Il prétend quau-cune preuve authentique de son ma-riage avec Hugues de Sade ne peutêtre citée. Javoue que jinclinerais vo-lontiers à cette opinion, conforme àlesprit et aux mœurs littéraires dutemps, et que jaimerais fort à voirun personnage aussi poétique débarras- de ces onze enfans que lui donnegrossièrement, et par vanité, labbéde Sade.

Quoi quil en soit, il est impossiblede ne pas reconnaître dans les sonnetsde Pétrarque les couleurs les plus poé-tiques et des teintes admirables pourpeindre les joies, les délices, les trans-ports , les dévoùmens et les déses-