8
bâtiment de l’université padouane ; cetédifice est d’une architecture grande etmajestueuse; la façade est ornée dequatre colonnes doriques cannelées, etla cour est environnée d’un grand por-tique à deux étages.
L’université de Padoue est des plusanciennes et des plus célèbres; ellesubsistait déjà avant que l’empereurFrédéric y transportât celle de Bo-logne , en 1222. Les professeursétaient dans la plus grande considéra-tion, et les nobles se faisaient honneurd’entrer dans leur corps; même, dansles siècles les plus barbares, on y ac-courait de tous les pays. Cette antiqueuniversité , dont l'origine remonte aucommencement du treizième siecle, etqui a compté jusqu'à dix-huit mille éco-liers s’il faut en croi re le ch i lire de M. De-lalande, n’en a plus que mille. Sous le ves-tibule, on voit une bonne statue en mar-bre , qui représente la célèbre Hélène-Lucrèce Cornaro Piscopia, morte en1684 à trente-huit ans ; femme illustre,qui savait l’espagnol, le français , lelatin,le grec, l’hébreu , l’arabe; chantait sesvers en s’accompagnant, dissertait surla théologie, l’astronomie, les mathé-matiques , et fut reçue docteur en phi-losophie à l’université. Depuis quelquesannées, on voit au cabinet de physiqueune vertèbre de Galilée ; c’est la cin-quième lombaire ; elle fut dérobée parle médecin Florentin Cocchi , chargé,en 1737, delà translation des os de Ga-lilée à l’église Sainte-Croix de Flo-rence . Le doigt de ce savant, arrachépar une fraude pareille, est exposé à laLaurentignne. Singulière destinée ducorps de ce grand homme ! L’enviel’emprisonna de son vivant, l’admira-tion le mit en pièces après sa mort.Toutefois, la vertèbre de Galilée n’estpoint placée sans convenance à l’uni-versité de Padoue . Pendant dix-huit
ans, il y avait rempli la chaire de phi-losophie ; et ce fut en présence du dogeet des principaux de l’état, qu’en 1609il fit ses premières expériences du té-lescope et du pendule.
La bibliothèque de l’université ren-ferme soixante-dix mille volumes.Parmi les portraits qui ornent ce vastelocal, je remarquai celui de Pétrarque .Certes, il est là à sa place ; car ce grandpoëte fut assurément un des plus intré-pides lecteurs connus, puisqu’il mourutdans sa bibliothèque, assis, la tête cour-bée sur un livre.
Le goût des sciences , des lettres etdes arts fut toujours très-vif à Padoue .Dès l’an 1540, il se forma une académieà laquelle tous les beaux esprits de l’I-talie se firent associer. Depuis ce temps-là, on en a compté vingt autres. Mais laplus célèbre de toutes est celle des/fico-mztiqui recevait des femmes, usage quel’académie française fut plusieurs foistentée d’imiter. Sous Louis xiv, Char-pentier appuyait l’admission de mes-dames Scudéry, Deshoulières et Dacier.Dans le dernier siècle, les candidatsde d’Alemhert furent, dit-on, mes-dames Necker, d’Epinay et de Genlis ;de nos jours, la même propositionn’aurait rien d’étrange, et les talenspoétiques de quelques femmes en fe-raient de fort dignes et fort agréablesacadémiciennes.
La façade du Palais de Justice , édi-fice fort ancien, rappelle le genre d’ar-chitecture arabe du palais des dogesde Venise, et, en effet, il fut construità peu près dans le même temps, c’est-à-dire en 1172, par Pierre Cazzo, etachevé seulement en 1206.
Cette façade donne sur une assez belleplace, appelée Piazza deV erhe (placeou marché aux herbes) et place Salone(PI. 208), entourée de portiques. Cequ’on admire surtout dans cet antique