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nous renvoyons le lecteur. Ce quenous avons dit, suffira à faire con-naître un homme, qui résume toute lalittérature de son temps. Il fut l’esprit-géant, l’homme unique. Ses dialoguessont assurément ce que l’on a écrit deplus immonde. Jamais les païens, quiavaient divinise la volupté brutale, neparvinrent à ce degré de raffinement etde véhémence dans la luxure , dontl’Arétin a donné l’exemple sous la loichrétienne, en face de la papauté. L’A-retin est le viveur par excellence ; ila considéré l’art comme gagne-pain, ila mis son esprit au service de son ventre,il a tout exploité au profit de ses sens;et, sous ce rapport, l’Arétin , l’infâmeArétin , quoique né à la fin du qua-*torzième siècle, peutêtreregardécommele contemporain du dix-neuvième.
En dedans comme en dehors, l’églisede Saint-Marc offre un mélange hétéro-gène des images de toutes les croyances,mais rien ne rappelle plus purement lafoi catholique que le petit espace oùl’empereur Barberousse se prosternapour baiser les pieds du pape Alexan-dre m en 1177. Le pape mit son piedsur le cou de l’empereur, qui, plein dehonte et d’indignation, tâcha de di-minuer son humiliation, en disant :Non tibi , sed Petro (ce n’est pas à toi,mais à Pierre que je me soumets). Etmihi et Petro (et à moi et à Pierre), ré-pliqua le pontif hautain. Cette scèneest le sujet d’un beau tableau dans lepalais Ducal.
Le clocher de l’église est un ouvragehardi, solide, commencé au dixièmesiècle et fini au seizième. On arrive ausommet par un chemin, par un véritablesentier, car l’escalier est uni, construiten briques, et dépourvu de degrés. Duhaut de ce clocher, la mer, Venise ausein de la mer, l’éclatante verdure deschamps, la terre-ferme, les cimes blan-
chies des alpes du Frioul, la multitudede petites îlesgroupéesavecgrâceautourde cette importante cité, offrent unpoint de vue qui tient du prodige.
La Loggietta , au pied de ce clocher,est un élégant édifice de l’architecturede Sansovino . La partie du trésor dé-posée à l’église de Saint-Marc (l’autremoitié, composée de vases, précieux, depierres dures orientales enchâssées d’oret d argent, est a la monnaie) peut êtreregardée , je crois, comme un des plusvastes reliquaires du monde ; on diraitune espece de charmer sous verre, vuà la lueur de cierges, et de flambeaux :là sont exposés des morceaux, tropnombreux, de la vraie croix, le clou,l’éponge, le roseau, instrumens de lapassion du Sauveur ; le couteau qui luiservit lors de la cène, et dont le mancheoffre quelques caractères hébreux sieffacés, que Montfaucon ne put les lire ;de la terre du pied de la croix, imbibéede sang divin ; l’humérus de saint Jean-Baptiste, enfin l’évangile manuscrit desaint Marc.
La basilique forme à l’orient l’undes côtés de la place de Saint-Marc , quisur les trois autres n’est égalementcomposée que de trois édifices, savoir:au midi , le Palais-Royal ; au couchant,un bâtiment neuf d’unehelle construc-tion , élevé sur l’emplacement de l’an-cienne église de Saint-Gemi nien, appeléeNuova Fabbrica, et qui fait égalementpartie du Palais-Royal ; au nord, un bâ-timent magnifique, d’architecture mo-resque, appelé les procuratie Vecchie ,parce qu’il servait autrefois de logementaux procurateurs, dignitaires de la ré-publique; cet édifice est devenu unehabitation particulière. Le dessousde ces trois côtés, ainsi qu’au palaisroyal à Paris , forme des portiques ougaleries ouvertes, composées de centvingt-huit arcades, soutenues par des