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plaindre, ou dont ils étaient jaloux.La flotte victorieuse avait fait voilepour Venise , le jour de l’Ascension , etl’anniversaire en fut depuis célébréd’une manière simple et grossière,conforme aux mœurs de ce temps-là.Environ deux cents ans plus tard, lepape Alexandre m, fuyant les persécu-tions de l’empereur Barberousse, vintchercher un asile au milieu des lagu-nes, et les Vénitiens , étant parvenus àconcilier les différents de ces deuxgrands personnages, virent l’empereurrecevoir à genoux, dans leur église deSaint-Marc, l’absolution du pontife fu-gitif. Celui-ci s’acquitta envers euxd’une manière caractéristique, en leurdonnant l’investiture de l’Adriatique ,et le jour choisi pour cette cérémoniefut l’anniversaire de la victoire navaleremportée sur les pirates de Narenta.Or, le symbole de l’investiture féodale ,semblable à celui du mariage, est unanneau , et de là l’idée populaire quis’établit dans la suite, des épousaillesdu doge, ainsi que les mots sacramen-taux introduits dans cette cérémonie. Lebâtiment, à bord duquel la cérémonie•avait eu lieu, ne fut point d’abord leBucentoro ; car l’arrêté du sénat véni tien , qui en ordonnait la construction,date du commencement du quatorzièmesiècle, etilestainsi conçu : Quod fabri-cetur navigium ducentorum hominum,etc. « Qu’il soit construit un navirede deux cents hommes. » Ducentorumdevint ensuite par corruption Bucen-toro.
Le vaisseau avait trois ponts de centpieds de long sur vingt-deux pieds delarge; il était mis en mouvement parcent soixante huit rameurs, placés surle pont inférieur, et par un grand nom-bre de barques qui le remorquaient.
Le jour de l’Ascension occasionnait àVenise une seconde espèce de carna-
val, qu’on appelait carnaval d’été, àcause de la cérémonie des épousaillesde la mer, et qu’on appelait la fête deYAssensa. Elle se faisait réellement cejour-là, à moins que le mauvais tempsne la fit remettre au premier ou ausecond dimanche d’après, c’est-à-direjusqu’à ce que le temps fût favorable.La principale cause de cette remiseétait que le Bucentaure , sur lequels’embarquait lesénat, n’étai t qu’un vais-seau de parade, où l’on donnait tout àla décoration ; il ne pouvait pas aisé-ment se lester, et il n’était pas assezfort pour résister à la violence des flots.La remise de cette fête dépendait de l’a-miral, commandant le Bucentaure, etdu pilote qui répondait sur sa têtedu retour de sa seigneurie à Venise .«Le Bucentaure (nous citons Delalande )est remorqué ou tiré avec des cordespar des barques pleines de rameurs;sur la poupe on arbore le pavillon deSaint-Marc, qui est à fond rouge, a-vec un lion dans le milieu : on y remar-que encore une très-grande avance enforme de bec de poisson, sur laquelleest un lion d’or sculpté ; enfin on y pla-ce l’ombrello, ou parasol du doge, etles huit étendards de la république.
« Le Bucentaure se rend ainsi au Lido,qui est à deux milles de Venise , aubout de la lagune, dans un endroitoù commence la pleine mer : là sefuit la cérémonie des épousailles. Ledoge se lève, et l’on abat le dos-sier de son fauteuil, qui est une es-pèce de bascule, c’est par-là qu’il jettel’anneau dans la mer, en disant : Des-ponsamus te , mare, in signum périperpetuique dominii ( nous t’épousonsô mer, en signe d’une véritable et per-pétuelle domination ). On tire le ca-non des châteaux voisins, et les accla-mations générales annoncent la joiepublique. Le doge revient entendre