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AlexandreSévè re les plaçait parmicelles des dieux , et pour citer un tempsplus moderne, on sait quels honneursle général Miollis, par ordre du gouver-nement français , rendit aux bustes dudivin poëte de Manloue. Dans tous lestemps, leshabitans deMantoue se sontdistingués par leur vénération pour lamémoire de leur illustre concitoyen.
Chio et Smyrne ont empreint surleurs monnaies l’image d’Homère ; lesMityléniens celle de Sapho sur les leurs:les monnaies de Mantoue , dont lespremières ont été frappées vers la moi-tié du douzième siècle , portent toutesle nom et l’image de Virgile , associéeau nom et même à l’image d unévêque. Enfin, l’image du chantre descombats d’Enée flottait sur les ban-nières mantouanes, et menait le peuplevirgilien à la victoire.
La bibliothèque de la ville possèdede nombreux manuscrits du pèreBetti-nelli, parmi lesquels on remarque plu-sieurs lettres de Voltaire. Bettinelli ,malgré ses connaissances et son méritepersonnel, semble un de ces littéra-teurs du dernier siècle, qui durent leurrenommée plutôt à de nombreux rap-ports littéraires et à leur correspon-dance avec quelques hommes illustres,qu’à la supériorité de leurs propresouvrages : c’est de lui qu’un Italien adit spirituellement qu’il avait acquisla plus grande partie de sa gloire à laposte aux lettres.
En parlant de la bibliothèque deMantoue , nous sommes tout naturelle-ment conduits à citer la Tipografiayirgiliana , nom donné à la princi-pale imprimerie delà ville , qui, mal-gré un titre si beau, n’avait pas encoreproduit elle-même, en 1827, une édi-tion de Virgile . Certes, si l’on a droitd’attendre à Mantoue quelque publi-cation indigène, c’est celle des œuvres
du poëte qui a illustré cette cité. Iln’est point de voyageur un peu lettréqui , au lieu de mettre dans ses pochesde la terre ou des cailloux de Piétole( l’ancienne Andès , lieu précis de lanaissance du cygne mantouan), ne pré-férât emporter un Virgile édité dansla patrie du poëte.
Mantoue cite avec orgueil sa cathé-drale, qu’on peut mettre au rang desplus beaux temples d’Italie . On vénèredans cette basilique le corps de saint Anselme , qui, après avoir été évêquede Lucques , passa au siège épiscopalde Mantoue , bientôt édifiée par sesvertus. Ce saint prélat avait demandéà être inhumé dans le monastère dePolirone : Bonizone , évêque de Sutri ,rencontra la pompe funèbre, et s’écriaaussitôt: «Un évêque doit être inhu-mé dans son diocèse : une si grandelumière ne doit pas rester cachée. » Lepeuple, enflammé par ces paroles , en-leva le corps aux mains des religieuxqui le portaient, et le plaça dans lelieu qu’il occupe aujourd’hui.
Baptiste Spagnuoli , surnommé leMantouan, est aussi enterré à la cathé-drale. Après Virgileil n’est pas un poëtequi ait été plus admiré que ce versifi-cateur d’une renommée de mauvais aloi.Certe, àne le juger que d’après le nom-bre de ses prod uction s, il paraîtrait biensupérieur à Virgile . Il composa plus desoixantemille vers ! Mais, malheureuse-ment pour lui, les poêles ne sont pascomme les négocians, qui se dédomma-gent de l’infériorité et du bas prix deleurs marchandises en en vendant leplus qu’ils peuvent. Les poésies duMantouan ne prouvent qu’une facilitépernicieuse. Esprit fort et crédulepourtant, dévot et tout à la fois licen-cieux,car, malgré son caractère d’ecclé-siastique, il chanta l’amour en hommequi en a goûté avidement tous les plai-