faire sortir des chefs-d’œuvre ou degrands souvenirs, et qui n’est pas moinsféconde en fruits qu’en monumens.
Le Musée ( Museo délia patria ) estconstruit sur les ruines et les fonda-tions mêmes d’un ancien temple païen,que les uns appellent d ’Hercule , quoi-qu’on n’ait rien trouvé dans les fouil-les qui pût le faire croire, que d’autressupposent avoir été élevé en l’honneurde Vespasien , à cause d’une inscrip-tion relative à cet empereur qu’on ya découverte, tandis que d’autres, aleur tour, le croient élevé à la Vic-toire, depuis qu’on a retiré des dé-combres une fort belle statue en bronzereprésentant cette déesse.
Quoi qu’il en soit, quelques ruinesde ce temple ayant été découvertesen 1823, on en continua les fouilles,et l’on trouva les restes d un superbeportique orné de deux rangs de co-lonnes cannelées, d’ordre corinthien,construites en belles pierres du pays ,espèce de schiste imitant le marbreblanc, mais d’un plus gros grain.
J’ai passé plusieurs jours à Brescia ,qui me fut montrée en détail par unde ses habitans les plus distingués.Voici le résultat de mes observationssur les principaux monumens de laville. La révolution de 1797 et la des-tination nouvelle du vieux palais Bro-letto ont presque effacé les traceshistoriques qui avaient noblementconsacré cette ville. J’aurais voulu yretrouver la haute antenne de ce car-roccio (1), conquis sur les Crémonais,en 1191, dans la sanglante journée deRudiano. Ce symbole de la liberté re-
(1) Le carroccio était un char porté sur quatreroues et traîné par quatre paires de bœufs. Il étaitpeint en rouge; les boeufs qui le traînaient étaientcouverts jusqu aux pieds de tapis rouges; une an-tenne également peinte en rouge s devait au mi-lieu du char à une très-grande hauteur; elle était
ligieuse et guerrière des républiquesdu moyen âge , ainsi que le portrait decette Brigitte Avogadro , qui , à latête des femmes de Brescia , repoussavaillamment, en i4ia, l’assaut donnépar le redoutable Piccinino , auraientété pour moi des trophées plus inté-ressans que tous les souvenirs moder-nes.
En songeant à Bayard, je recher-chai la maison qui avait pu recevoirl’illustre chevalier , lorsque blessé,après avoir le premier franchi à piedle rempart et avoir repoussé ce mes-sire André Critti, qui criait à sesgens, en son langage italien : « Te-nons bon , mes amis ; les François se-ront tan tost lassez , ils n’auront que lapremière pointe. Et si ce Bayard étoitdeffaict, jamais les autres n’approche-roient. » ; il disait au seigneur de Mo*lart : «Compagnon , faictes marchervos gens , la ville est gagnée ; de moyje ne sçaurois tirer oultre , car je suismort». D’après ces conjectures assezraisonnables, Bayard , frappé au Mar-ché-Neuf, a dû être porté dans làmaison de la famille Cevola ou Ci-gola, située sur cette place. La scèned’adieux de Bayard, décrite mille fois,est dans la mémoire de tout le monde.
Le plus bel édifice de Brescia estle palais municipal de la Loggia. L’in-cendie qui le consuma en 1doitlaisser de vifs regrets : alors fut dé-truite la grande salle du palais, trouvéeadmirable par Palladio , ainsi quetrois tableaux du Titien , dont l’unétait la forge des cyclopes , fabricansd’armes à feu , sujet fort convenablepour Brescia , célèbre de tout tempspar ses fusils de chasse. Dans la salle
terminée par un globe doré. Au-dessus, entre deuxvoiles blanches, flottait l’étendard de la commune;plus bas encore, et vers le milieu de l’antenne, unchrist placé sur la croix, les bras étendus, sem*friait frénir l’armée.