du conseil, un grand tableau repré-sente la condamnation, en 1710, duprêtre Joseph Beccarelli par le po-destat. Ce fut le dernier acte de l’in-quisition à Brescia . L’hérésie de Becca-relli paraît avoir été une espèce d’a-mour pur , de mysticisme mêlé despiritualité et de sensualisme; il prê-chait , dit-on , que , tandis que l’âmeétait unie à Dieu par l’oraison , lecorps pouvait faire ce qui lui plaisait.Beccarelli, condamné aux galères, ob-tint une commutation de peine , etmourut en prison à Venise. Brescia est une des villes d’Italie dans lesquellesse sont manifestés, à diverses reprises,des symptômes de schisme et de ré-forme.
L’église Saint-François , qui pos-sède quelques bons tableaux , offreun souvenir littéraire caractéristiqueet singulier. Ce fut là que, le 24juin 14^5 , Barthélemi Baiguera fitlecture au peuple , après la prière , deson itinéraire d’Italie , comme Héro-dote avait lu à la Grèce assemblée sonhistoire, autre itinéraire primitif,plein de poésie et de naïveté. Avantl’invention de l’imprimerie , ces lectu-res publiques étaient fréquentes ; aussila littérature avait-elle peut-être alorsplus de popularité qu’aujourd’hui : lesvers du Dante étaient tant bien quemal chantés par des artisans qui, depuisla propagation des lumières, ne s’ensoucient guère.
Le Campo - Santo de Brescia, com-mencé en 1815, est dans son genre ungrand et beau monument qui fait hon-neur à l’architecte, M. Vantini. Lestombeaux s’élèvent coutre le mur dansla forme des columbarium antiques.Par une fantaisie d’artiste italien ,d’assez mauvais goût, les figures enbuste, peintes à la voûte de la chapelle,sont des portraits de personnes de laL.
société de Brescia : tous ces saints ettoutes ces saintes, coiffes à la mode ,forment une espèce de cercle , et se-raient mieux placés dans un salon quedans l’asile des morts. Un terrain apart a été destiné aux suicidés : c’étaitréaliser le désir de Platon .
Mais il est temps de prendre congéde Brescia . Le tableau sommaire quenous avons tracé de cette ville doitavoir appris au lecteur qu’elle estagréable, bien bâtie (PL 2 3 o- 23 i),et assez commerçante. Elle a toujoursété célèbre pour la fabrication des ar-mes à feu, ainsi que le prouve ce pro-verbe italien -.Tu ta Brescia non arme-rebbe un coglione : « C’est en vain queBrescia voudrait armer un poltron. »Milan avait eu d’abord à cet égard laplus grande réputation , comme on levoit dans Brantôme ; ensuite ce com-merce passa presque tout entier à Bres-cia ; actuellement il y est fort déchu,depuis que la guerre des Vénitiensavec les Turcs fit défendre l’exporta-tion des armes.
Le peuple est plus industrieux,plus cultivé à Brescia que dans laplus grande partie de l’Italie ; cepen-dant les haines féroces et les jalousiescruelles s’y trouvent encore fréquem-ment; on prétend qu’il se commettaitdernièrement encore deux cents assassi-nats par an dans la ville ou dans leterritoire ; mais c’est surtout dans lamontagne que ces crimes avaientlieu. Les assemblées des jours de fêtessont presque toujours marquées parquelque vengeance préméditée, oupar quelque querelle sanglante parmiles gens du peuple.
A quinze milles de Brescia , aupied d’une jolie colline , s’élève la villede Polazzolo , située dans une positioncharmante ; elle sert comme d’avenue- à une autre cité plus importante,