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Tome premier.
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VOYAGE PITTORESQUE

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un prompt refuge contre des forces supérieures,au milieu des rochers à fleur-d’eau qui hérissentcette position avancée et qui sont autant debarrières ou d’écueils pour les gros navires. LesBaléares seraient de la sorte le bouclier de la Pé-ninsule. L’A.ngleierre, qui ne se contente pas deGibraltar et qui voudrait aussi enserrer la France ,n’a jamais cédé qu’à regret, aux traités ou à lavictoire, ces points militaires dont elle s’emparaplus d’une fois. Elle a constamment ravagéles fortifications en se retirant, et détruit l’ar-tillerie lorsqu’elle ne pouvait l’emporter. Onprête au célèbre André Doria , rival d’Haria-dan-lîarberousse et libérateur de Gènes, ce motdevenu proverbial, que « Juin, Juillet, Aoûtet Mahon sont les meilleurs ports de la Méditerra-née. » Mahon, qui fut l’entrepôt des produits del’Inde, avant le voyage de Vasco de Gama,reçut un second coup également funeste à son indus-trie, lors de l’expulsion clés Maures. L’hôpital, lelazaret, la quarantaine et l’arsenal occupentles quatre îlots enfermés dans ce port, dont legoulet se trouve resserré entre deux caps, et dontle môle ne doit rien à la main de 1 homme. Cebassin ne risque pas d’être comble par des atte-rissemens , nulle rivière ne s’y précipite. Grâceà son élévation au-dessus des roches qui domi-nent le port, la ville de Mahon jouit d’un airpur; mais son existence semble miraculeuse etprécaire sur ces masses dont les fragmens s’ébou-lent parfois sur le rivage. Des terrasses dominentses édifices assez mal distribués à l’intérieur, maisdont les dehors ne manquent ni de coquetterieni de bonne grâce. Au centre des habitations,les toits inclinés et couverts de tuiles, que l’ondispose à cet effet en gouttières, conduisent leseaux pluviales dans des citernes taillées dans leroc. L eau se putréfierait bientôt dans ces ré-servoirs si l’on n’y jetait, à ce que l’on me dit,comme préservatif de la putrélàction, des bras-sées de petites branches de myrtes verts ; ilest douteux que ce procédé remplisse un tel but.Les monastères, la maison de ville, l’hôtel du gou-verneur, sont mesquins. L autorité de la métro-pole ne se signale ici que par le délabrement desrues, détestablement pavées en menus cailloux,étroites, fatigantes; une promenade semée d’ar-bres déjetés par le vent et dont les Mahonnaissont fiers, je ne sais trop pourquoi, une assezbelle place d’armes fort mal entourée , telle esten réalité la ville, dont le Coadjuteur fait un sibeau portrait dans ses Mémoires.

Strabon a représenté les insulaires des Ba-léares de son temps, comme à la fois très-pa-cifiques et très-braves. Sans doute les popu-

lations primitives ont dû successivement s'ab-sorber et se fondre dans la race ibérique qui s’yréfugia pour éviter les invasions des Suèves etdes Vandales. J’ai parcouru un médaillier desplus curieux, enrichi de pièces d’or, d’argentet de bronze. S’il fallait en croire les érudits, onferait un dénombrement à la manière homériquede tous les peuples qui seraient venus enfouirleurs trésors dans un grand nombre de pointsde cette île. De plus incrédules attribuent cescachettes à l’avarice des écumeurs de la Médi-terranée , ou bien encore à l’industrie des juifs,qui spéculent surles antiquaires. Les Phéniciens ,les Carthaginois, les llomains, les.Maures , lesCatalans, tout le monde semblerait avoir euquelque tribut à déposer dans les entrailles deMinorque . L’idiome des Baléariens vient à l’ap-pui de ces traditions : il est difficile de démêlernettement dans ce mélange de mots syriaques,grecs, romains, arabes, catalans et languedo-ciens, la prononciation qui domine. Quoi qu’ilen soit de ces mélanges de peuples, l’indolenceest le reproche que la plupart des voyageurs fontmaintenant à ces insulaires : cependant ils parais-sent polis, mais avec un fond de froideur et deréserve ; leur flegme ne se déride que lorsqu’ils’agit de se grouper en foule autour d’un fan-dango, tandis que quelque fringueneur de gui-tare racle du revers de la main, comme un dé-sespéré, les cordes de son instrument; et encoreà la Saint-Jean, pour la course des ânes, ou àla Saint-Pierre, que les mariniers célèbrent pardes joutes dans le port.

Le costume des pâtres tient des mœurs deleurs ancêtres : une calotte qui recouvre descheveux courts , de larges braies de peau dechèvre, une casaque qui tombe sur ce derniervêtement comme le sagam des Romains, delourds souliers, tel est leur costume ordinaire.La cape noire, la fraise rabattue sur la poitrineet les épaules, le chapeau à larges bords relevésde droiLe et de gauche, signalent les jours defêtes carillonnées. Les femmes, quel que soitleur rang, portent uniformément le rebozillo,qui ne varie que par le luxe des étoffes, depuisla plus riche dentelle jusqu’au tissu le pluscommun ; c’est une façon de mantelet à fal-balas et à festons, qui couvre la tète et qui vientd’abord se nouer sous le menton avec des ru-bans, pour retomber ensuite en arrière et formersur la poitrine deux pointes de châle qui se croi-sent (Fl. I— 2). Les beaux cheveux qui floLlentquelquefois jusqu’aux reins ne sont qu’un orne-ment postiche, et l'on m’a dit qu’aux îles Pi-tliiuses, à lviça, les pauvres campagnardes, afin