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Tome premier.
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VOYAGE PITTORESQUE

tonnier prospèrent sur plusieurs points. Le riz etle maïs réussissent dans les années pluvieuses ;mais quand le temps sec a le dessus, ils y avor-tent calcinés par le soleil : car le thermomètrede Farenlieit ne descend guère au-dessous de 80°et monte souvent au-dessus de 90°. Dans cesphases de stérilité surviennent des disettes hor-ribles, et récemment encore l’archipel duCap-Vert a été dévasté par cet épouvantablefléau.

La résidence des autorités portugaises estdans l’île de Santiago, où l’on trouve la villede Puerto-Praya, lieu de relâche pour les navi-res européens , Santiago , l’ancien cliel-!ieu, etRibeira-Grande , qui contient quelques édifices.La ville de la Praya est située sur une hautiuroù l’on ne peut arriver que par des chemins ra-pides et escarpés. Le débarcadère est en faced’une colline couverte de dattiers et de chétifslataniers. Les autres îles de cet archipel qui encompte dix, sont : Mayo, riche en bestiaux eten coton; Fuego, théâtre d’un volcan très-actif;Brava ou Saint-Jean , qui produit des vins etdu salpêtre; puis Boa-Vista, moins élevée ettrès-fertile ; Sal , ainsi nommée à cause de sessalines; enfin Saint - Nicolas , l’une des plusgrandes du groupe, florissante à cause de sa villemanufacturière; Santa-Lucia et San-Vicente ,cette dernière remarquable par son port, etSant-Antonio, la plus peuplée de l’archipel etdominée par un pic très-élevé.

Cette reconnaissance faite , nous naviguâmesvers la ligne équinoxiale. Notre impassible Cor-nelia avait été rudement poussée jusque-là par lesvents alisés du N. E. ; quand ils mollirent ce futfini, elle ne bougea plus, on eût dit une bouée.La houle , flasque comme de l’huile, venait par-fois secouer la galiole ; mais elle i-oulait alors etn’avançait pas.Encore si cette station forcée avaiteu lieu enterre ferme, dans une maison de plai-sance,dans quelque solitude bien sauvage et bienpittoresque, à l’ombre d’un arbre, au bruit d’unecascade ; soit encore dans une belle et bonneville où l’existence est douce, la table richementpourvue, une ville de monumens , de fêtes,d’opéra ; on se serait résigné, bon Dieu ! maispar cinq degrés de latitude, entre le tropiqueet l’équateur, par un soleil perpendiculaire ,avec une eau fétide dont on mesure chaqueverre ; vingt pieds carrés pour promenade surle brai qui se fond, avec de la viande salée oude la morue pour régal, avec du biscuit au lieude pain ; et, pour tout spectacle, la mer qui dé-vore l’œil, toujours la même, toujours mono-tone et morne ; pour toute compagnie un capi-

taine hollandais et son équipage ! C’était à enmourir !

Heureusement qu’après huit jours de toi - 'peur, la mer si calme, si unie, devint toul -à'coup turbulente et folle ; elle nous jeta de notrevie monotone dans une vie de brusques alertés,dans ces alternatives de calme et de rafales queles gens de mer appellent des grains. Tantôtils fondaient sur le navire avec la vitesse de l’é-clair, sans qu’aucun nuage leur servît de pré-curseur. Surpris par la secousse, les liants mâts,les vergues craquaient; le vent sifflait dans lescordages, les voiles éclataient et s’en allaient enlambeaux. D’autres fois la bourrasque se révélaitpar de larges et noires nuées qui se festonnaientsur le bleu de l’horizon ; d’autres nuages, légerset blanchâtres, couraient comme des flocons deneige dans une atmosphère inférieure, tandis quele groupe principal montait lentement au zénith.Un instant, dans le cours de cette scène météo-rique, le firmament était azuré d’une part, del’autre nuancé de cuivre, de violet, de vertsombre sur un fond de bistre. Des éclairs ser-pentaient dans ces masses flottantes, et le ton-nerre s’y mêlait, non pas grondeur et prolongecomme sur terre où il agit par répercussion,mais saccadé dans ses éclats brusques et secs,ne trouvant point d’écho sur cette surface planeet sourde. Bientôt, forte de tous ccs préludes,la tempête arrivait; le ciel déchiré distillait desgouttes énormes ; la mer, clapotante d'abord,développait peu à peu ses montagnes d’eau; levent agissait sur les parties du gréement avectant d’énergie, que toute corde semblait avoirune plainte, une note, un son. Il en résultaitcomme une musique infernale qui se mêlait ai'poi'te-voix du capitaine, aux cris des matelots,au craquement des mâts, au bruissement desvagues, au grincement des poulies. Ainsi débu-tait la bourrasque : au bout d’une heure elleavait pris d ? autres formes ; la pluie descendaitpar torrens, serrée, froide et horizontale; ellebattait le pont que battait la lame, que balayai 1l’écume de la mer fouettée par le vent. Dans 1 eciel, toujours des sillons lumineux, mais moiu 5d’éclats de foudre; la flamme électrique aval 1établi son conducteur sur la pomme du navire,le feu Saint-Elmc illuminait sa crête comme uu c 1lampe à l’esprit de vin.

Dans le cours de ces scènes convulsives,milieu de ce tapage du ciel, de la mer et d’ 1vent, notre Cornelia était, admirable. Au p 1 ' 0 ”mier symptôme, le méthodique Van-Peter coi)'"mandait la cape, et, dès qu’il la voyait sd lScelte allure, montrant le nez à la vague et an-'