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Tome premier.
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AUTOUR DU MONDE.

beau ciel, des plus belles eaux, du plus beau sol,qui soientaumondc; non,l’honnnen’est pour riendans ces miraculeux paysages ; mais la nature yest si luxuriante; elle prodigue à si pleines mainssa végétation robuste et vierge; elle donne à sesmassifs de verdure un si brillant relief, unecouleur si vigoureuse , à ses arbres un si beauport, à ses ruisseaux un cours si plein, que lesyeux les plus blasés s’ouvrent à la surprise, et.que la pensée s’affaisse et s’humilie devant cettecouvre admirable de la création. A la vuede tant de merveilles, je ne pouvais sortir demon extase, et j’aurais eu quelque peine àm’occuper des curiosités de détail, en présencede ce majestueux ensemble. J’allai ainsi tour àtour sur les flancs du Corcovado, où l’on voitla chaumière d’un général français , du braveHogendorp, aux sommets de Boa-Visla, à laPraya-Grande, et jusqu’à la pittoresque cascadede Trijouka. Dans toutes ces excursions se révé-laient à moi des beautés cl’un ordre nouveau,et, dans mon insuffisance à les peindre, je me( bornais à en jouir. Aujourd’hui encore, j’enserais réduit à ces souvenirs fugitifs, si les na-turalistes Quoy et Gaimard n’avaient minutieu-sement exploré tous ces environs, dans leur^'tnipagne sur F Uranie. On pourra se faire uneidée des richesses de ce beau pays par le mor-ceau suivant que nous devons à l’obligeance deM. Gaimard.

« On ne peut faire un pas dans le voisinsde l’immense baie de Rio-Janeiro et surnombreuses îles qu’elle contient, sans rcncttver de magnifiques oiseaux, l’ornement de 1collections. Les insectes , plus nombreux icore , volent, sautent, bruissent de toutes paiLes papillons surtout y sont d’une rare beauet leur nombre surpasse tout ce qu’on pdire. Mais le phénomène des taupins et des 1;Pyres pbospliorescens , dont la lumière fuhve brille et disparaît tour à tour , est ce <frappe le plus l’étranger, lorsque, dans une nobscure, au milieu des bois, il se trouve 'louré par des milliers de ces insectes.

» Si nous parcourons les environs de Rio-Oeiro, nous les verrons peuplés d’oiseauxT 'és des plus belles couleurs. Chaque famillse s localités propres où elle semble se plaireSautage. Ainsi les alentours de la baie , où

montagnes sont peu élevées, les bois metouffus, le

terrain cultivé, et où l’on voitfermes éparses, sont habités par les jolis giEuits bleus, les pil-pits verts, les tangaras, de plumage d’un beau rouge contraste avcisombre verdure du feuillage ; ceux non me

brülans qu’on nomme évêques et archevêques;les très-petites tourterelles , et dans les jardins,autour des bananiers et des passiflores , bour-donnent de cliarmans oiseaux-mouches, parmilesquels on distingue le huppe-col, qu’à sa pe-titesse on prendrait pour un insecte.

» Les clairières recèlent le coucou guira-can-tara, très-rare aux environs de Rio ; le cou-cou piaye , auquel les nègres attachent des iJécssuperstitieuses: cet oiseau, peu craintif, se laissefacilement approcher. Il en est de même des ni-chées danis, qui vivant en famille, s’exposentà la file sur une même branche aux coups duchasseur. La pie-grièche à manteau, plus dé-fiante , se tient toujours dans les buissons baset épais, d’où elle fait entendre son cri fortet répété ; tandis que le jacarini , d’un noirbronzé, perché à la cime des mimosas, s’exerceà faire des bonds verticaux, qu’il exécute brus-quement, en retombant toujours à la mêmeplace.

» Là oùles bois sont le plus touffus, le manalungoîtreux s’agite avec rapidité et fait entendre unbruit qui ressemble à de fortes pétarades. Letoucan , dévastateur des bananiers, fréquenteles plaines cultivées ; les vangas et les tyrans,les bords des prairies.

» Lorsque, dans nos courses, nous arrivionsprès de petites mares couvertes de plantes aqua-tiques, nous étions sûrs d’y trouver des jacanas,et, dans les haies des alentours, des tinamousqui sont les perdrix du Brésil . Le long des ruis-seaux , nous surprenions les martins-pêcheursqui aiment aussi à se percher au-dessus des tor-rens, et partout nous rencontrions le perenop-tère urubu , animal craintif et vorace, exhalantl’odeur infecte des cadavres dont il faitsaproip.On le voit dans la rade voler en troupes nom-breuses , planer des heures entières à perte devue, ou bien tournoyer avec défiance autourdes immondices que la mer rejette sur le rivage.

» Un autre oiseau de proie, habitant de laplaine , est l’épervier anomal ( falco degener) ,dont le cri est aigre et très-prolongé. Ce singu-lier oiseau ne paraît pas participer des mœursféroces de la famille à laquelle il appartient.Compagnon parasite des troupeaux, toujourssur le dos des bœufs , il les débarrasse des ri-cins incommodes qui leur sucent le sang : ex-cessivement craintif, il fuit l’homme de très-loin , et ce n’est qu’avec beaucoup de peine etd’adresse que notre compagnon de voyage , lemaître-canonnier de l'Uranie , M. Rolland, nousen procura deux, dans l’estomac desquels noustrouvâmes en abondance les animaux dont nous