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Tome premier.
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4f> VOYAGE PITTORESQUE

(le sa bouche, avait encore un souvenir péniblede sa longue infortune : ses récits me représen-taient Tristan cl’Acunlia comme une scène dé-solée, solennelle, affreuse, où la nature a réunitoutes ses grandeurs les plus austères. 11 meracontait ses courses toujours périlleuses à tra-vers ce chaos de rochers ; ses chasses au pho-que, au lion marin, où le caporal réalisait desprodiges d’adresse ; la guerre plus facile qu’ilsfaisaient tous les deux aux pingouins quandsur le soir ces oiseaux singuliers s’assemblaientcomme en conseil sous une roche isolée, et selaissaient tuer à coups de bâton, immobiles etgraves comme des sénateurs romains sur leurchaise curule. (Pl. V—4). Peut-être la cons-truction de ces palmipèdes les empèclie-t-elle deprendre vivement leur essor à l’aspect du péril,et leur stupidité apparente n’est-elle qu’un effetde leur appareil de vol. Ilabitans des régionspolaires, les pingouins n’arrivent d’ailleurs dansces latitudes que poussés par la tempête et fa-tigués de leur lutte contre le vent. On peut con-cevoir alors que les chasseurs, se glissant àtravers les rochers, aient bon marché d’eux, etles assomment un à un jusqu’au dernier.

» Enfin, après quatorze mois d’exil, un na-vire relâcha à Tristan d’Àcunlia et envoya un ca-not à terre. M. Earle obtint du capitaine uneplace à bord, et quitta l’île après avoir embrasséses hospitaliers habitans. »

Par un rapprochement assez bizarre, trente-un ans auparavant, Tristan d’Acünha avait été lethéâtre d’une scène analogue à celle qui précède.Comme M. Earle, le savant botaniste Du Pelit-Thouars, de relâche sur l’île en 1793, s’oubliaà la recherche de quelques plantes, et, perdudans les terres, il y passa une nuit sous un ar-bre. Le lendemain, s’y croyant abandonné, ilcommençait à reconnaître déjà quelles ressour-ces elle pouvait offrir, quand une embarcationse détacha du navire pour ve .ir le chercher.Le botaniste en fut quitte pour la peur.

Depuis l’aventure de M. Earle, l’ile de Tristand’Acunlia a eu un renfort de colons. Le capitaineJeffery, du brick anglais Bcrwick, l’ayant visitéedans son voyage à la terre de Van-Diémen,parla, à son retour en Angleterre, du suzerainde l’île, le caporal Glass, raconta quel parti ilavait tiré à lui seul de ce petit Edcn, vanta beau-coup les produits de la chasse aux veaux marins,et finit par provoquer une espèce de croisadepour Tristan d’Acunha.

Quand nous mîmes pied a terre avec quelquesofficiers du Corporal Trim, la colonie comptaitsept familles paternellement gouvernées par

Glass; elle avait d’abondantes provisionsbœufs , de vaches , de moutons, de porcs, dechèvres et de volaille, dont elle nous fit assezbon marché, comme de légumes frais, d’œuf 5et de beurre aussi bons qu’en Europe . Nou 5passâmes deux heures sous le toit de ces brave 5gens, échangeant contre quelques vieilles noU'velles de l’autre hémisphère, le récit de leurmonotone existence ; puis la brise ayant fraîclu,sur leur conseil, nous nous hâtâmes de leverl’ancre et de quitter cette rade foraine.

Le capitaine du Corporal Trim n’était pas u»de ces marins marchands, pour qui la mer n’c 5tqu’une grande route, et qu’une économie dequelques heures de traversée touche plus qu ccent observations utiles ; c’était un homme in 5 'truit, passionné pour sa noble profession, à 1®fois chef et propriétaire de son navire. Quandil se vit à portée de Diégo-Alvarès, il ne voulutpas pousser la bordée vers le cap, sans recon-naître cette île ; et la roule fut ordonnée au S. Ë-Deux jours après, la vigie de misaine signalaitune terre; c’était Diégo-Alvarès ou Gough, dunom du capitaine Gough du Richmond , qui 1®visita en 1713, dans son voyage à la Chine .

Diégo-Alvarès, ou Gough, est située d’après 1 ecapitaine Heywood du Nereus , qui l’aborda en1811, par 40° 19’ de lat. S. et par 12° 2’ O-On doit sa découverte aux Portugais .

Le point culminant de l’île compte 4,400 pied 5au-dessus du niveau de la mer, d’après les calcul 5du capitaine Heywood. Tous ses rochers sontcouverts d’herbes mousseuses et de quelque 5buissons nains. Lamontagne s’élève à pic et laissevoir à travers ses fissures de superbes cascade 5qui tombent en nappes dans la mer. Aude l’île, un peu à l’E. des îlots qui la termi-nent de ce côté, est une petite crique à l’air 1des vents du S., du N. O. et de l’E. Là, on peu 1en toute sûreté faire de l’eau, en mouillant dai* 5le milieu par douze ou quatorze brasses. U 11goulet existe entre les îlots et l’île principale >avec quinze brasses d’eau sur un fond de roche 5 -

A la pointe N. E. de Diégo-Alvarès, se dress®un rocher qui figure exactement une église ’avec son clocher dans la partie ouest, et q l,el’on a nommé le Roc-de-l’Eglise. Au sud decel |Caiguille, dans l’E. de l’île, près du rivage, s’é-tend un petit bras de mer, où le débarquenic» 1peut s’opérer sans risque, protégé qu’il est coi 1 'tre la boule et les vents du nord par une es-pèce de cap avancé. Là, récemment encore oi' 1habité quelques Américains; mais les vea ll ‘marins ayant quitté l’île à leur approche , l ellfstation n’y fut pas fructueuse : quelques oise» 1 ’*