Band 
Tome premier.
Seite
72
JPEG-Download
 

72

VOYAGE PITTORESQUE

de hautes forêts pleines de bois de construction.Mais un grave inconvénient annula bientôt cesavantages. La fièvre décima les rangs des colo-nisateurs , et chaque renfort d’hommes qui ar-rivait de France offrait un nouvel aliment aufléau. Ce fut alors que l’on songea à transporterle local français sur la péninsule de Tholangar,située par 26° 6’ S. Là fut fondé le fort Dauphin :sur un plateau qui dominait la rade, on cons-truisit un fort en parallélogramme; puis on cher-cha à nouer quelques relations avec les naturelsdu pays. Le roi de la contrée, Diau-Ramasch,se prêta à la colonisation nouvelle ; mais bientôtles violences des Européens indisposèrent lesMalgaches et nous créèrent des obstacles pourl’avenir. De Pronis , comme les autres, s’oc-cupa plutôt des moyens de réaliser une rapidefortune , que d’assurer a 1 etablissement deschances prospères et durables. Au lieu de cana-liser la rivière de Fanshère qui coulait à deuxlieues de là et de la lier au vaste lac d’Amboule,il aima mieux enlever violemment des nègrespour les vendre à Yandermesler, gouverneurde l’île Maurice. A ces causes de mésintelligenceavec les indigènes se mêlèrent des révoltes entreFrançais , qui finirent par une déportation dequelques soldats mutins à l’île Bourbon .

Ce fut alors, vers 1G48, que la Compagniefrançaise des Indes envoya Flacourt à Mada-gascar . Cet homme, dont le caractère était mêléde bon et de mauvais, hautain et parfois cruelavec ses allures dévotes, courageux , passionné,inflexible, gâta plutôt qu’il n’améliora les affai-res. Les questions de forme étaient beaucouppour lui. Le pieux abbé Nacquart, qui l’avaitaccompagné, ne voulait pas non plus que sacampagne fût infructueuse pour la grande ques-tion de prosélytisme, et il en résulta souventquelques actes de barbare et maladroite poli-tique. Dans l’ouvrage qu’il publia , à son re-tour en France , sur ses huit ans d’administra-tion coloniale , livre précieux même de nosjours et plein de faits que les notions moder-nes n’ont pas détruits, Flacourt a minutieu-sement relaté les succès d’étiquette, les triom-phes de déférence, les victoires de religion qu’ilremporta sur les Malgaches. Tantôt il conquiertune ame au Seigneur, tantôt une peupladeà Louis XIV : ici figurent deux chefs de vil-lage , ou Lohavoliits, homme et femme, quiviennent lui demander secours contre leursvoisins de la contrée deFanshère (Pl.VIII —4),Là , assis sur une escabelle, et son bâton decommandant à la main, le gouverneur reçoitle serment d’obéissance des habilans de la pro-

4

vince de Carcanossi ; il regarde d’un œil superb eces pauvres diables demi-nus qui se profite 1 ’'uerii à ses pieds (Pl. IX — 1 ). A. plusieurs i' e ‘prises toutefois, Flacourt expia ces heures i emorgue et de fanfaronnade : le fort Dauphin 5 evit cerné et menacé par les naturels en 1652; etla belle contenance de sa petite garnison put seul”le défendre de l’incendie et d’une ruine complèt”'Cependant, il faut rendre cette justice à Fl 11 'court, qu’il fut le premier à recueillir sur Mad a 'gascar quelques renseignemens positifs. Il e)1nomma les peuplades, et décrivit leurs mœui' 5 'Après lui, la Compagnie française des Ind c5envoya un troisième convoi sous les ordres i°Chamargou. Comme Flacourt, le nouveau cWavait aussi son escouade de missionnaires, eldans le nombre un certain père Etienne, prêtPd’un fanatisme intolérant et farouche. P° 111neutraliser la démence furibonde de ces apôtre 5 ’Chamargou n’avait ni la capacité ni la vigue” 1nécessaires. Opiniâtre et insolent vis-à-vis de s 1 "subalternes et des naturels, il ployait devant ^volonté des Pères de la mission. Aussi desheurs sans nombre vinrent-ils fondre à la fe 1 ’sur une colonie ainsi gouvernée. Dans le déb 1 ' 1 'Chamargou avait cru devoir détacher en reco”naissance dans le pays des Malatanes, un simf' 1soldat, Levacher, de La Rochelle , plus coi 11 ' 11sous le nom de Lacase. Cet homme, ouvertintelligent, devint bientôt l’ami des naturel 5 'il se mêla de leur politique, les aida dans q ue iques guerres, et reçut le surnom victorieux ‘

Dian-Poussi. La première pensée de Lacased’utiliser cette influence acquise en faveurses compatriotes ; mais soit que la conscience

fuiifif

ses services l’eût rendu moins souple vis-à-vis i Lses chefs, soit que Chamargou ne fût pas ii 1 ” 1cessible à un sentiment de jalousie envers le si” 1pie soldat, toujours est-il que Lacase ne tro* 1 '^plus dès-lors qu’injustice et ingratitude au î°*Dauphin. Dégoûté, il déserta et passa chez F’Malgaches avec cinq camarades. Dian-Rasit» 11 /souverain d’Amboule, l’accueillit et lui do” 1 ^sa fille Dian-Nongue. A la mort du père»femme de Lacase régna sur ses domaines : *case fut donc presque souverain malgache. .,Pendant ce temps, le chef du fort Daup 11 texpiait cruellement son injustice : la famû je vla maladie avaient réduit sa garnison à 80 b° )tmes , et nul convoi ne pouvait y parvenir ^que durerait la guerre impolitique déclare” ^souverain de Mandarey, Dian-Manangue.choses allaient au plus mal quand le coi» 11 ^.,dant Kercadio parut sur la rade; il fit ployer ^gueil intraitable de Chamargou, et dctermi fl£l