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Tome premier.
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VOYAGE PITTORESQUE

Elle a lieu au mois de juin ou de juillet. Le nom-bre des pèlerins qu’elle attire varie, suivantl’état de la saison , de 100 à 200,000. Despluies périodiques rendent, vers cette époque,toute la contrée malsaine et déciment les visi-teurs , obligés de camper en plein air.

D’autres Hindous entreprennent le pèlerinagedans la saison sèche, et à l’occasion de la fêtenommée Chundmon-Jattra. Jaggernaut expédiealors plusieurs idoles qui vont prendre un baindans son étang parfumé d’eau de sandal, et quifait partie d’un temple des environs. Ces petitesidoles font plusieurs fois le tour de l’étang surdes radeaux, et le rajah de Khourdah, grand-prêtre héréditaire, conduit la cérémonie.

La police de toutes ces fêtes est aussi de lacompétence des brames ; ils y procèdent aumoyen de cannes et de bâtons dont ils usentavec largesse. C’est au point que souvent lespèlerins se ravisent ; ils désarment les prêtres etleur rendent avec usure les horions qu’ils ontreçus d’eux. Du reste, la foule est en généralpeu révérentieuse quand elle parle des desser-vans de l’idole; il n’est point dé vice dont ellene les charge, point de méfait qu’elle ne leurimpute. Le plus profond motif de celte hainevient des taxes auxquelles le collège assujettit lespèlerins. A chaque fête de Jaggernaut, il prélèveun impôt sur la bourse des assistans, tantôt dedix roupies, tantôt de cinq, suivant le tarif.Ceux qui séjournent pour les suivre toutes n’ob-tiennent qu’un faible rabais.

L’idole de Jaggernaut est renouvelée toutesles fois que deux nouvelles lunes se rencontrentdans le mois Assan, ce qui arrive à peu prèstous les dix-sept ans. On choisit alors dans lesforêts un arbre sur lequel jamais corbeau ouoiseau mangeant charogne ne se soit perché;les initiés le reconnaissent à certains indices.Quand le tronc est abattu, des charpentiers ledégrossissent, puis le livrent aux prêtres quiachèvent l’œuvre dans le plus grand mystère.L’esprit de Jaggernaut, retiré de la vieilleidole, est transféré dans la nouvelle par unhomme qui ne survit guère à la solennelle opé-ration. Avant la fin de l’année , il est enlevé dece monde.

Après la fête de Chundmon-Jattra vient lacérémonie' du Chund-Jaltra, qui consiste à por-ter l’idole hors de la tour, sur une plate-formeélevée au-dedans du mur d’enceinte. Elle y resteun jour visible du dehors , après quoi Jagger-naut se fait céler de nouveau ; les pretres le di-sent malade. Vers la fin de juin , il reparaît pourla grande Ruth-Jattra. Trois ruths ou chars en

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bois sont préparés pour la cérémonie. Le Pgrand a seize roues, chacune de six p° u ade diamètre. L’espace où doit se poser l’idolÇvingt-un pieds sur chaque face, et le char en 11 'est haut de trente-cinq pieds. Formé d’une enpente peinte et décorée, le char est surrn°d’un dôme que couvrent des draps anglais eclates ou bleus; au devant, en guise de cond 0Cteur, est une figure sculptée comme la poul ald’un navire, et dont la main semble diriger p 1sieurs chevaux en bois suspendus devant le ch* 1Quand, au premier jour de la fête , le teiupde Jaggernaut s’ouvre à cette nuée d’adorate u \^ils s’y précipitent avec une si fervente énerp^

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que, dans cette presse d’hommes et de femir> aS ’on compte presque toutes les années une diz a, ^ (de victimes. Mortes , on les rejette hors .temple avec des crocs en fer, et la fête co>*’^nue. Un grand cri de surprise , poussé p ar ,multitude, annonce la venue du Dieu . 11 p a, ‘ 1l î'traîné par des prêtres qui font avancer la i flaSsive idole jusqu’au bas des degrés, où le cl ’solennel le' reçoit. Sur les deux autres c ^ tplus petits sont guindées les idoles BoloraUUShabudra. Au coucher du soleil, le grand'P^tre arrive : c’est le rajah de Khourdah , veH 6ses domaines dans un palanquin, suivi 0 ^merveilleux éléphant, avec ses riches fraçons. Après lui marche sa suite, montée 9d’autres cléphans, puis les autorités angla ,a U tet enfin une noire traînée d’hommes qui » e ** j(qu’à l’horizon. Ce mur vivant d’animaux ii*Psibles , ces belvédères implantés sur letirs 6ce char monstrueux où se dressent les id 0ces brames sortis par milliers de leur sa j ttu aire, cette tourbe qui hurle et adore, ce W .de clochettes et de voix, cet aspect relifP ^si étrange et si varié, ce mouvement, cC -„

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confusion et ce tapage, ce tableau à mnés dont le temple de Jaggernaut forme I enier plan, tout cela compose la plusfantasmagorie que l’imagination puisse rcS ( ' e sA son arrivée , le rajah met pied à terre Ÿ (du char de Boloram. Il est vêtu de mouss 6 ^blanche et marche nu-pieds. Pour l’aider 1 j eson chemin, un prêtre vigoureux lui d 66 ^bras, tandis que d’autres écartent la f° u -Jifaisant jouer le bâton. Silence : voici que l 0monte sur le char de Boloram aux fanfar eS ^ jjtrompettes indiennes et aux acclamationspopulace. Il a touché le sommet, il vien 1 ^dorer l’idole et de nettoyer le plancher sj ^quel il a jeté de l’eau de sandal. Tl descen gl ,,une guirlande de fleurs que les prêtres 0l ^jjd‘levée ' la statue pour la pendre au cou du o