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Tome premier.
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VOYAGE PITTORESQUE

des métaux en fusion ; sauta de toit en toit, derue en rue , de quartier en quartier, jusqu’à ceque la -ville entière ne fut plus qu’un brasier ar-dent. Qu’on se figure, au milieu de ces flammesimmenses, 100,000 Chinois jetés hors de leursmaisons, fuyant vers le fleuve, implorant en vainla pilié de la cité flottante qui avait fui vers l’autrebord, cesfemmes, cesenfans à demi-nusdans l’hi-ver, ces Européens assiégés dans leurs comptoirset obligés de les abandonner ; qu’on se peigne, sil’on peut, ces barques surchargées de fuyards,et coulant dans le Tigre ; qu’on assiste en idéeà cette scène remplie de cris déchirans, d’an-goisses et de larmes , à ces mille épisodes où lefeu et l’eau ne furent pas les seuls ennemis àcraindre; nuit de désordre qui fit naître desidées de pillage et de sang, où 5000 bandits s’in-tronisèrent sur des ruines fumantes, fouillèrentles maisons qui croulaient, égorgèrent ce que lefeu n’avait pas atteint, restèrent les maîtres deCanton en cendres, jusqu'à ce que 30,000 hom-mes de troupes vinssent balayer le terrain où ilsavaient fondé leur autorité passagère. Alors ledésastre put s’apprécier; on compta les enfans,les vieillards 4 les hommes, les femmes restésdans ces décombres; des familles entières avaientdisparu ; presque toutes les autres comptaientquelques pertes. Qui croirait, après ce récit,qu’au bout de deux ans cette grande calamitéétait effacée ! La ville incendiée, rebâtie commepar enchantement, est plus belle aujourd’hui,plus vaste, plus grandiose qu’autrefois ; lesconstructions actuelles de la factorerie , si élé-gantes et si simples, ses quais larges et solides,ses magasins, ses rues latérales, datent de cetteépoque.

A côté de ces deux Canton , l’un chinois ,l’autre européen, existe une troisième ville quenous avions aperçue et effleurée en arrivant, laville flottante. Cette dernière se compose dechampans ou loches qui, amarrés sur plusieursrangs, bordent l’une et l’autre rive dans uneétendue de plusieurs lieues. Là chaque familleoccupe son bateau , propre, élégant, recouvertde nattes : c’est le faubourg des pauvres ; ils yvivent méprisés des autres classes, mais con-tens, tranquilles et laborieux. Les femmes sontbatelières ; elles conduisent et utilisent leur em-barcation , dont la moitié sert de logement à lafamille, l’autre moitié au transport des passa-gers. De leur côté, les hommes sont commis-sionnaires , portefaix, colporteurs ou journa- jliers.

Il n’est pas au monde de spectacle plus vi. jvant que celui de cette cité sur l’eau, qui ■

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tantôt est compacte, tantôt se détache p*à pièce; qui, suivant la force du coui' aI Uraidit ses amarres ou leur laisse du jeu 5 ^ tchange de pôle toutes les quatre heures >tourne à chaque marée. Il faut voir, quandflotte accomplit son mouvement-de convers*avec quel ordre, avec quelle régularité cl> 3 ^bateau opère son évitage et s’enchâsse de 11 ,veau dans son poste. Quoi de plus curieu* ^core que ce peuple qui naît et meurt da» 5 jtbarques sans les quitter, sans chercher uU ^sur la terre ferme, sans envier ïe sort de tqui s’abritent entre des murs de pierre 1rare en effet que les femmes et les enfans s r ,gnentdu fleuve, fût-ce pour une minute. k® fveillance et l’entretien du bateau exigent ^présence assidue. Halées par le soleil et p 3 ^.reflets de l’eau, ces Chinoises ont des tra * tS Jj||«cieux et doux, des formes souples , une ^élégante, des membres délicats et bien P fS tLeur robe , coupée suivant la mode du P 3 ^’^en étoffe brune et grossière ; elle couVi ^chemise de toile blanche qui tombe sur un ÿpantalon. Leurs cheveux sont relevés et 0

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au sommet de la tête.

Celle cité sur l’eau ne se compose Pde bateaux habités par le peuple ; deloin, à côté de ces petits champans, se d JU'

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des embarcations immenses, hautessieurs étages , assez semblables à ces baû’l’on voit sur la Seine ; peintes, dorées, c )u s 'de vases de fleurs , ornées à l’intérieur c ifl'très élégans et de meubles somptueux- ^barcalions sont tantôt des hôtelleries > e Je*des lieux de fêtes publiques ; souvent m e j e |bsérails fort peu édifians. Au coucher duquand la brise vient animer le fleuve,tans de Canton descendent en foule vet 5 ^ p|a>flottante, la ville des délassemens et c gii-sirs. Ceux-ci affluent chez les restaurateur ^ gi •là dans les salles de musique : pour I e * s #^a préparé une illumination, pour les aU ^fête plus raffinée encore. Alors le Dr? r „tiimine

huilé et colorié, il resplenditrouges , bleus , violets : chaque

n P 3 C

il se couvre de transparens e , e r |5 ’de y

bate^î

fanal qui semble courir sur le fleuve 13la grande ligne de lumières fixes ;

l’eau et se multiplie par ses reflets. «t de 5

de la musique, l’heure de la joie e? - ^on se presse aux cuisines renomu* ’Jigis 1savourer la fameuse soupe aux nid®et les ailerons de requin.

Mais nulle soirée dans lebelle pour le fleuve que celle où p af

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