492 VOYAGE PITTORESQUE
Une entrée vaste, avec une suite de larges de-grés , conduisait dans ce local rectangulaire.Les pierres, qui accusaient une antiquité fortgrande, étaient assemblées avec beaucoup deperfection; quelques-unes avaient six pieds delongueur, autant de largeur, et deux ou troispieds d’épaisseur. Pour les disposer ainsi, ilavait fallu des moyens mécaniques dont les na-turels semblaient avoir perdu la tradition. L’in-térieur de la partie couverte d’un toit offraitaussi un travail fort remaquable. A ce que con-tenait cet édifice, armes de guerre, lances,mousquets, étoffes, nattes, il était facile de ju-ger que c’était l’habitation d’un riche et d’ungrand du pays.
Je revins harassé de cette excursion char-mante, au milieu du plus beau pays qu’on puisserêver. Dans le début, Philips m’avait suivi;mais à la première case où s’était montrée unefigure selon son goût, le digne corsaire avaitjeté l’ancre. « Filez votre câble, m’avait-il dit,nous nous retrouverons sur la plage au mo-ment du départ. Nous dînerons là sur le bordde l’eau, à l’ombre des cocotiers. »
Je l’y retrouvai en effet, et nous fîmes un re-pas charmant sur la grève, entourés d’insulairesqui s’amusaient de nos moindres gestes et desplus petits détails d’un dîner européen. Nosfourchettes d’étain, nos couteaux, nos bou-teilles étaient des choses surprenantes et nou-velles. Quand nous détachions quelque chose denotre mince ordinaire pour le leur donner, c’é-tait parmi eux une joie, une ivresse, des éclatsde rire; puis, au lieu de se disputer le morceauoffert, ils le partageaient en fractions impercep-tibles, pour que chacun pût goûter un peu dece que mangeaient les blancs. La bonté, la fran-chise, la gaieté rieuse semblaient être les qua-lités générales de cette peuplade. Quand nousnous embarquâmes, la population entière de lavallée accourut; des naturels portèrent à lanage à bord du canot quelques provisions quePhilips avait achetées ; et quand nous sortîmesde la baie, ils nous saluèrent par un long crid’adieu.
Depuis huit jours environ nous étions sur larade de Taïo-Hae, et malgré toutes nos pro-messes, malgré le concours et les sacrifices del’excellent Ilaape, nous n’avions pu parvenir ày faire nos provisions. Une douzaine de cochonsportés à bord de F Océanie semblaient avoirépuisé la vallée, qu’une longue et récenteguerre venait d’appauvrir. Enfin, le 20 mars,voyant que rien n’ arrivait, Pendleton résolutd’aller jeter un pied d’ancre dans la baie
d’Oumi chez les Taï-Piis , où il espérait trouverde plus grandes ressources.
L'Oceanic reprit donc le large, et louvoyapar un fort vent d’E. pour atteindre la bat ed’Oumi. Dans l’une de ces bordées, nous p aS *sâmes presqu’au pied de Roua - Poua , dista r,tau plus de deux ou trois lieues , haute d ed’un aspect romantique, avec ses pics q u * 56dressent vers le ciel comme autant d’aiguiH eS 'Le 21 mars nous mouillâmes dans la baie d’0‘ !mi, moins sûre et moins commode que celleTaïo-Hae, à cause du grand fond qu’elle c 0 * 1serve même auprès de la terre. Quand nous eût 1165pourvu aux soins de l’ancrage, nous jetâmes I e5veux sur la vallée. La vallée nous traitait en eI1nemis. Ce n’était plus , comme dans les para? .que nous quittions, un assaut de pirogues <{venaient reconnaître le sloop, une lutte en 11 ^les naturels et nous pour qu’ils laissassentpont libre. Ici, le long de toute la grève, sild lCcomplet, immobilité parfaite. On eût dit ^nous touchions à une terre déserte. Cependa 1 ' 1 ’en regardant avec plus d’attention, il était p°,®sible de voir pointer çà et là à travers le fe üllage des têtes bronzées qui nous regard aiePC'était sans doute les édarreurs laissés en arière-garde ; le reste avait fui vers la montai 1 ’
Cette réception ne nous étonna point;l’avions prévue. Morrison, notre confidentnotre agent dans ces îles, nous avait nn 5 ^fait de froideurs probables et de la manièreles conjurer. Embarqué avec nous, il avait
eif'
dis
, 1)5
bauché en outre un Taï-Pii, marié et fixé d e p£ e |long-temps dans la tribu de Taïo-Hae. ^homme allait nous servir de passeport an Pde ses anciens compagnons ; car des droit®J 5 ,,reils ne périment jamais à Nouka-Hiva. Ce 1 j|Pii descendit donc à terre avec Morris^ 11 :expliqua dans quelles intentions pacifiques n°étions venus relâcher dans la rade d’Ou® 11 /en peu de minutes la paix fut faite. La cr f ll j f 6fit place à la confiance, le silence aux c,1! ’ ^plus bruyans. Comme par un magique conPthéâtre, la vallée s’anima. Des milliers d * pmes sortirent des arbres comme a " tan îivvains; on poussa a 1 eau un nombre incalc ^
ét» if
de pirogues, et bientôt le pont de l’Oc‘ an f,couvert d’hommes et de femmes, et, ce q 1 "plus essentiel encore, de provisions de
genre- ^
Des personnages de distinction ne ta *fias non plus à venir nous visiter. Le p^ jequi mit le pied à bord fut le grand-p rel ^ e ichef des tahouas, accompagné du prenu ercivil. Le grand-tahoua avait le front et