AUTOUR DU MONDE.
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hes, qui ne laissaient voir que les pieds. Quandtout fut enlevé, l’Anglais remarqua que le corpsavait été ouvert, et que la peau intacte adhéraitaux os. On eût dit un squelette recouvert de pa-pier huilé. Malgré la chaleur du climat, il exha-lait une odeur à peine sensible.
Celte sorte d’embaumement se pratique de lafaçon suivante. On ouvre le corps pour lui en-lever les entrailles et la cervelle, puis on le laveet on le frotte chaque jour avec de l’huile decoco jusqu’à ce que la chair soit entièrementdesséchée. A part le système d’injections aroma-tiques, c’est à peu près l’embaumement égyptien.Quand le corps est ainsi préparé, on l’aban-donne à l’action du temps. Le toupapau d’Ori-ï*iha, soutenu sur quatre pieux fichés en terre,avait 6 pieds de long sur 4 de large. ; il était accom-pagné d’une seconde plate - forme à mi-hauteur,de dimension à peu près égale. La première avaitUn toit qui la garantissait de la pluie, et c’était,là qu’on tenait habituellement le corps ; la se-conde n’était qu’une place de précaution et deréserve où l’on étendait le cadavre, soit pour lefrotter d’huile, soit pour le montrer aux amis etaux parens du défunt. Aux arbres voisins sebalançaient suspendus des bananes et d’autresfruits offerts à l’esprit du mort. « Où est cet es-prit? » demanda Wilson aux gardiens. Ils sou-rirent, puis répliquèrent : « Are po. (11 estallé dans la nuit). »
Wilson vit encore dans l’endroit nomméWaïto-Waïti la grande case de Pômare 1 er , lon-gue de 350 pieds sur 42 de large. Vingt piècesde bois, de 20 pieds de hauteur chacune, sou-tenaient à l’intérieur la partie élevée du toit,tandis que ses bords extérieurs portaient surf24 piliers semblables de 10 pieds de hauteur.Les chevrons sur lesquels posait la couvertureavaient 5 pouces d’écarrissage ; ils étaient placésà 18 pouces les uns des autres. Un mur eu pierreentourait tout l’édifice. Là étaient célébrées de so-lennelles et étranges fêtes qui duraient plusieursjours et se terminaient souvent par la destructionde tous les cochons de l’îlc.
Enfin le Z)acquitta Matavaï et laissa les mis-s tonnaires à la merci des naturels , n’ayantPour se défendre contre eux que l’arme puis-ante du prosélytisme. Le premier soin de cesSommes dévoués fut de se mettre au fait de lalang U e du pays ; ils y firent de rapides progrès ,S r âce à la merveilleuse complaisance des insu-l a n'es. En retour de ce bon procédé, les apôtresïe ndaienl parfois d’importans services aux chefs,f * u moyen de leur forge et de leurs outils dec l»arpentier. La bonne harmonie régna donc
entre les colons et les indigènes; seulement, ilfut impossible à ces derniers de dissimuler qu’ilsétaient nés larrons ; ils ne se firent pas scru-pule d’enlever çà et là, l’occasion le voulant,quelque outil indispensable aux missionnaires,et, sans une surveillance continuelle, ces der-niers auraient été promptement et complètementdévalisés.
Us comptaient déjà un an de séjour à Taïti ,quand, le 6 mars 1798, le Nautilus, capitaineBishop, vint mouiller sur la rade de Matavaï.Destiné au commerce de pelleteries sur la côteN. O. de l’Amérique , ce navire avait été-si tour-menté par des ouragans essuyés coup sur coup,qu’il offrait l’aspect le plus délabré. Pômare IIvit cette détresse avec un superbe dédain ;sans l’aide des missionnaires, le Nautilus n’au-rait eu alors aucun secours. Aidé et ravitaillé,il venait de remettre à la voile quand un nou-veau coup de vent le ramena sur la rade. Là,trois de ses hommes ayant déserté , Bishop s’a-dressa aux missionnaires , qui se rendirentchez le roi pour les réclamer ; mais, par unacte de violence inouï jusqu’alors, ces por-teurs de paroles furent arrêtés et dévalisés enroute par les indigènes. Sans l’intervention for-tuite de Pômare 1“ et de Hidia, on les précipi-tait dans le torrent. 11 y a lieu de croire quePômare II était complice dans cette affaire.Quand son père lui en adressa des reproches, ildésavoua les coupables taïliens, mais il ne resti-tua noint les déserteurs anglais .
Cette aventure découragea les missionnaires.Elle leur sembla le prélude d’outrages plusgrands et de vexations plus cruelles. La plupartd’entre eux se décidèrent à quitter l’île avec leNautilus. Pômare I er chercha vainement à lesretenir; ils persistèrent. Six seulement, dontun marié, tinrent bon contre des périls éven-tuels. Us restèrent, se confiant à la Providence,renonçant à quelques armes et à quelques mu-nitions qu’on leur avait laissées, et ne gardantque deux mousquets, qu’ils donnèrent à Pômareet à Hidia.
Ainsi que les plus timides l’avaient prévu, laplace ne fut pas tranquille pour les apôtres chré-tiens. Pômare 1“ était pour eux ; mais Pô-mare II, par esprit d’opposition, semblait lesabandonner. Le peuple, d’ailleurs, commençait àvoir les missionnaires d’un mauvais œil; car, àcause d’eux et à leur intention, Pômare Rr avaitfait supplicier deux des agresseurs dans l’affairedu Nautilus.
Les choses en étaient là, au moment où deuxgros navires sc montrèrent en vue de Ma-