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Tome premier.
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VOYAGE PITTORESQUE

tant un canon de quatre, et mirent à la voileavec la flotte de Pômare pour les côtes d’Ata-Hourou. Un missionnaire accompagnait l’expé-dition en qualité de chirurgien. Cette armée pritterre sur le district rebelle, et n’y trouva pasun ame vivante. Appréhendant le résultat de lalutte , les naturels s’étaient enfyis vers leur pari,forteresse naturelle située à quatre milles durivage, imprenable avec les seules ressourceslocales, et fort difficile à enlever avec de plusénergiques moyens. Arrivés au pied de cetteibarrière de rocs, les Anglais engagèrent unefusillade qui effraya plutôt qu’elle ne fit mal.Vers le soir, les assaillans allaient se retirer,lorsqu’à la suite du défi d’un jeune guerrierde Pômare, qui avait pris le nom de To-rnor-roio - Morning , les rebelles s’élancèrent horsdes retranchemens, et voulurent inquiéter dansleur retraite les guerriers du roi. Alors unelutte s’engagea sur le rivage , et les Anglais s’ymêlèrent. Soixante-six guerriers ennemis res-tèrent morts sur la place; le reste regagna lesmontagnes. On croyait que cette leçon suffiraitaux rebelles, et que le lendemain ils se livre-raient à la merci du vainqueur. Il n’en fut rien;on les retrouva dans leur pari, plus forts, plusnombreux, plus résolus que jamais. Le chef desinsurgés , un parent de Pômare, nommé Taatahi,ne voulut entendre à aucune capitulation. Pô-mare se retira convaincu de la difficulté de ré-duire des adversaires qui avaient pour eux laposition et l’audace. Il reprit son quartier-gé-néral de Pare. Mais dès-lors , par une conventionréelle, quoique tacite , de guerre lasse, une am-nistie eut lieu et dura pendant quelque temps.Le Nautilus partit, et après lui le capitaineBishop, cet auxiliaire courageux des mission-naires qui s’embarqua sur la Venus.

D’autres navires se montrèrent aussi sur cesparages, vers cette époque, et dans le nombreétaient le Parpoise et le Margaret. Le Purpoisese ravitailla seulement ; le Margaret , capitaineByers, s’occupa d’explorations, dont le subré-cargue Turnbull nous a laissé le détail. Ce voya-geur vit les deux Pômare, le père et le fils, tousles deux cl’une taille de géant, ayant six piedsou peu s’en faut, vigoureux, bien proportionnés.Comme contraste vivant, près d’eux était unnain de trente-sept pouces. Le Margaret fit di-verses échelles dans l’archipel; il trouva Wahinesous l’autorité d’un enfant de huit ans ; il visitaRaïatea, que gouvernait le chef Tama-Toua,d’une stature imposante et martiale. Un incidentmarqua cette relâche. La femme du chef Tiri-Mani, belle, jeune et insinuante, avait eu l’a-

dresse de se faire des taïos dans l’équipage, et deleur arracher une foule de présens divers. Elleosa plus encore, elle voulut enlever, à l’aidede quelques convicts (condamnés), le navire etses officiers ; plusieurs chefs du pays trempèrentmême dans le complot, et sans un brusque ap'pareilla^e le Margaret était confisqué au profitde la fringante Tiri -Mani. Ce pauvre brick nefut pas plus heureux; il se perdit dans l’archipelPomotou près du groupe Palliser. L’équipage >au nombre de seize personnes, parvint à rega-gner Taïti , où Turnbull était resté pour affairesde commerce.

La trêve durait toujours. De fatigue, d’épui*sèment, on avait renoncé à la lutte. La mortd’ailleurs suppléait aux batailles ; les chefs deTaïti s’en allaient un à un. Le premier frappefut Hapaï, père de Pômare Iw, beau vieillard;doux, bon, prévenant, regretté de tous, Euro-péens et indigènes. Ensuite ce fut le tour de sonpetit-fils, du fils de Pômare I er , le jeune princede Taïarabou, que les sacrifices humains, lestabous et les sortilèges ne purent pas guérir d’unmal mortel; enfin après-eux expira, le 3 sep'tembre 1803, le célèbre Pômare I er , frappé demort subite après son dîner, à l’âge de cinquante'cinq ans environ. Depuis trente ans, Pômare I e1était l’homme capital de Taïti , aussi grand, pl uSgraud peut-être dans ses jours de revers quedans ses jours de puissance, opiniâtre, énef'gique, actif, doué de sagacité politique et dequalités personnelles (Pc. LXVIII—4 ). La vie en*tière de cet homme avait été une longue lutte :malgré la loi du pays, il avait régné, son fils re'gnant ; il avait résisft; à tous ses ennemis, et s’étaflmaintenu dans son poste jusqu'à la mort. Intel! 1 ”gent d’ailleurs, plein d’idées civilisatrices, il s’é'.tait toujours montré bien disposé pour les mis'sionnaires ; il les avait protégés en toute oceasio 11autant par sympathie réelle que pour tenir la pi‘°”messe qu’il avait faite à leur arrivée. A sa mort;son fils adopta ou plutôt continua le nom de P°”mare.

Jusqu alors, il faut ledire, les prédications d® 8missionnaires n’avaient eu aucun succès. Dan 8tous les districts où ils s’étaient présentés, onl® savait tournés en ridicule, quand on ne les avaApas maltraités. Les naturels riaient de leur dic u _’leur disaient en face qu’il n’était que le ser vJteur du grand dieu Oro, et qu’ils ne changéraient pas l’un pour l’autre. Quelquefois mêin®'quand un insidaire tombait malade pendantpassage de l’évangéliste , on accusait ce dern ie *de maléfice et on le forçait à déguerpir du ca#ton. Malgré ces’ obstacles, la mission u’en co(*